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Levées des interdictions PCB en Gironde : entre satisfaction et résignations

3.2.1.c.-alose-feinte78f6aSur le bassin de Gironde, les récentes levées des interdictions PCB de commercialisation et de consommation des anguilles et des aloses feintes sont une petite bouffée d'oxygène pour certains pêcheurs professionnels en eau douce. Mais ces interdictions, de longue durée et d'une portée manifestement trop générale, ont mis sur la paille nombre d'autres pêcheurs.
La décision était attendue… Avec impatience depuis un an, notamment par les pêcheurs de Gironde, de Garonne, de Dordogne, d'Isle et de Charente. En juin 2015, l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) décidait, en effet, d'assouplir les interdictions PCB pesant sur les poissons d'eau douce, et formulait de nouvelles recommandations de consommation. S'ouvrait alors pour es pêcheurs la perspective de retrouver un niveau d'activités leur permettant de vivre de nouveau de leur métier.
Il fallait néanmoins attendre avril 2016 pour que les directeurs généraux de l'alimentation, de la santé, de l'aménagement, du logement et de la nature, et des pêches maritimes et de l'aquaculture adressent conjointement aux préfets une instruction technique les invitant à prendre des arrêtés autorisant de nouveau la commercialisation de certaines espèces. En juin, juillet et octobre 2016 enfin, les préfets de la Gironde, de la Dordogne et du Lot-et-Garonne abrogeaient les mesures de restriction de pêche et de commercialisation des anguilles, des aloses feintes et toutes autres espèces prises en février 2013.

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C'est en 2009 que tombaient les premières interdictions de consommation liées à la présence de PCB dans la chair des poissons d'eau douce. Le plan national PCB de 2009, aboutissement d'une succession, depuis 1979, de mesures d'interdictions des usages industriels des PCB, prohibait, entre autres mesures contraignantes, la commercialisation des anguilles du bassin de la Gironde. « Sur la base d'un faible nombre d'échantillons » déplore Émilie Rapet, chargée de mission pour les pêcheurs professionnels girondins. Méthode contestée qui conduisait, en 2010, la direction générale de l'alimentation (DGAL) à réaliser de nouveaux prélèvements, sur la base d'un protocole, proposé par la Direction régionale de l'environnement et de l'alimentation (Dreal) Aquitaine et de l'Onema, et financé en partie par l'agence de l'eau Adour-Garonne, prenant en compte les zones de pêche et les tailles des poissons. À l'issue de cette campagne d'analyses, les anguilles d'une taille inférieure ou égale à 600 mm, pêchées sur la Garonne, de la limite du département à Langoiran, et celles mesurant moins de 550 mm, capturées sur la Dordogne et l'Isle, retrouvaient étals et cuisines. Une interdiction totale continuait toutefois de peser sur toutes les anguilles séjournant dans les eaux de la Garonne, de Langoiran au Bec d'Ambès.
En 2010, l'alose feinte de Gironde était à son tour exclue des assiettes. « Mais les analyses, alors réalisées, ne permettaient pas de différencier les aloses feintes des grandes aloses, explique Émilie Rapet. Des échantillons complémentaires étaient effectués en 2011. Un an plus tard, la Dreal Aquitaine proposait un nouveau plan d'échantillonnages prenant en compte le secteur, la saison et la classe de taille des aloses feintes. Les nouvelles recommandations de l'Anses autorisaient une réouverture partielle de la pêche aux aloses feintes de l'estuaire de la Gironde ».

Des PCB au PCA

« Les pêcheurs professionnels de la Gironde ont fourni l'essentiel des échantillons qui ont permis la réalisation des analyses complémentaires. L'appui technique de l'association agréée des pêcheurs professionnels en eau douce de Gironde, et notamment de Romain Fageot, chargé de mission de l'association jusqu'en 2013, d'une très grande compétence dans le domaine des PCB, a été d'un soutien déterminant pour la profession face à ces multiples interdictions. Les notes qu'il a pu réaliser et ses différentes interventions pour montrer et démontrer les incohérences présentes dans les différents avis de l'Anses, ont permis d'appuyer la mise en place de ces analyses complémentaires. » rappelle Émilie Rapet.
Les interdictions PCB, dont on peut dire aujourd'hui qu'elles étaient sinon excessives du moins d'une portée trop générale, ont décimé la flotte des pêcheurs professionnels en eau douce girondins. Elles ont poussé seize d'entre eux à souscrire un plan de cessation d'activité (PCA) et donc à renoncer définitivement à un métier qu'ils aimaient (le plan de gestion anguilles conduisait, dans les mêmes temps, quatre autres pêcheurs à mettre leurs filets au rebut). « Cette levée des interdictions arrivent un peu tard. Si elle avait été prise plus tôt, il est fort probable que j'aurais continué à pêcher. Mais je fais avec » indique Éric Montillaud, ancien président des pêcheurs professionnels de Gironde, et « bénéficiaire » bon gré mal gré du plan de cessation d'activité. « Je n'ai pas de regrets » assure-t-il toutefois. « On récupère ce qu'on nous avait piqué. Et il est admis aujourd'hui qu'on ne contaminait personne. C'est assurément une petite bouffée d'air » conclut Philippe Vignac, le successeur d'Éric Montillaud à la tête de l'association des pêcheurs professionnels de Gironde.

Frédéric Véronneau