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Bilan de la saison de civelle 2016-2017

Civeliers-a-quai

Les quotas de captures n'ont pas été totalement consommés. Et certains projets de repeuplement n'ont pu être menés à bien. La lutte contre le braconnage et le trafic s'est intensifiée. Tour d'horizon de la saison de pêche à la civelle 2016-2017.
« En Adour, la saison de civelles s'est achevée avant la date de fermeture prévue. Les quotas consommation et repeuplement ayant été atteints. Pour la 4e saison consécutive, nous constatons de très bons recrutements de civelles, ce qui laisse penser que le stock d'anguilles est en train de se refaire sérieusement sur notre fleuve pour les années à venir. » précise Alain Cazaux, président de l'association des pêcheurs professionnels d'Adour.
Pour la saison 2016-2017, consommation et repeuplement compris, les marins pêcheurs ont capturé 40 tonnes de civelles, et les fluviaux 6 tonnes. Le quota national global de captures était de 65 tonnes. En 2015-2016, 46 tonnes, sur les 57 tonnes de quotas, avaient été pêchées.
Sur l'ensemble des unités de gestion anguilles (UGA), les pêcheurs professionnels en eau douce ont, lors de la saison qui s'est terminée fin avril 2017, pêché la quasi-totalité des quantités qui leur étaient accordées au titre des quotas consommation. Les quotas repeuplement, eux, n'ont été, à l'exception de l'Adour, que très peu consommés. . Sur les 5070 kg de captures autorisés sur l'ensemble des UGA, seuls 2852 kg de civelles ont été pêchées,faute de commande sur le marché de repeuplement européen

Repeuplements à bas régime

En France les quantités alevinées se situent dans le bas de la fourchette des obligations de repeuplement du plan national de gestion de l'anguille européen (voir graphique). 2329 kg d'alevins d'anguilles (5,1 % des captures totales) ont ainsi été disséminés dans des cours et plans d'eau disposant de conditions favorables à leur croissance. « Le projet sur l'Orne (UGA Artois Picardie et UGA Seine Normandie) a été reporté car la quantité de civelles était insuffisante au moment où les actions de repeuplement étaient prévues. Et les projets Maine et Sèvre nantaise (UGA Loire) ont seulement atteint 50 % des objectifs fixés. L'augmentation en moyenne du prix d'achat mareyeur du repeuplement européen explique en partie ce bilan. Pour l'UGA Loire cours d'eau vendéens, un autre facteur est à prendre en compte. En effet, les alevinages de cette année ont été effectués plus tôt dans la saison, en février, pour suivre les préconisations scientifiques (« meilleure adaptation des civelles au milieu »). Or c'est à cette période que le prix du sous-quota consommation » pour la civelle est le plus fort. Il a donc été plus difficile de mobiliser la quantité de civelles pêchées suffisante au projet de repeuplement à cette période de l'année. » précise Déborah Gornet, chargée de mission à l'association pour le repeuplement anguilles en France (Ara France). Rappelons également que, dans le cadre de l'appel à projets, l'achat des civelles et les prestations liées à la phase de mareyage et de transport sont financées à hauteur de 350 euros/kg de civelles. Les contraintes spécifiques au repeuplement français, (contrôle sanitaire, temps de stabulation...) peuvent conduire à préférer les opérations de repeuplement européen.
Mi-décembre 2016, ARA France indiquait qu'entre 2010 et 2016, 60 millions de civelles avaient été alevinées. En 2017, 6 millions de civelles ont notamment été déversés dans l'Elbe (Allemagne).

Télécapêche se déploie

La télédéclaration des captures de civelles par Internet ou par sms, via Télécapêche outil optionnel d'aide à la gestion, s'étend. Les pêcheurs de l'Adour y ont adhéré, cette année. Le système permet à la profession d'alerter les services gestionnaires et d'avoir une vision quasiment en temps réel des quantités pêchées. Les services gestionnaires s'appuient sur cet outil qui offre la possibilité de prendre les décisions de fermeture de la pêche, , au plus près des quantités de captures autorisées. « Cela nous a permis d'aller jusqu'au bout de nos quotas. » se félicite Alain Cazaux. Télécapêche a, par exemple, vu transiter 100 % des captures du quota consommation des pêcheurs de l'UGA Loire hors organisation de producteurs. Seuls les pêcheurs de l'UGA Charente-Seudre-Garonne-Dordogne-Leyre ont pour l'instant « boudé » l'outil et sont restés fidèles aux seules déclarations papier.

Civelles « volent »

Début décembre 2016, huit personnes étaient arrêtées, au Japon, avec, « en poche », 320 000 civelles (environ 110 kg) en provenance de Taïwan, sans qu'on sache toutefois l'origine initiale des bébés anguilles. Les braconniers américains sont aussi de grands pourvoyeurs de civelles de contrebande. Fin 2016, trois d'entre eux étaient condamnés par le tribunal de Charleston (Caroline du sud) pour un trafic estimé à quelque 2,6 millions de dollars.
Dans la nuit du 16 au 17 janvier, la brigade de surveillance des douanes d'Arcachon interceptait un véhicule transportant « 520 kilos de civelles braconnées », d'un valeur estimée à 600 000 €. Le poisson provenant d'Espagne prenait la direction de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle, pour être acheminé en Thaïlande.
Les 10 et 14 février, des descentes de police étaient effectuées dans les principaux ports de débarquement (Charente, Seudre et Gironde) et dans 8 établissements de mareyage en Charente-Maritime. Une cinquantaine de pêcheurs professionnels, sept collecteurs, sept viviers et deux tonnes de civelles étaient contrôlés. Quatre professionnels étaient verbalisés. 11 kilos de civelles étaient confisqués.
140 kg de civelles étaient de nouveau saisis, début février 2017, à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. Destination Thaïlande également. 206 autres kg, d'une valeur estimée à 1,2 million de livres, étaient découverts, à l'aéroport d'Heathrow (Angleterre), le 15 février, alevins transportés par un homme, de 64 ans, arrivant d'Espagne. « C'est la première fois qu'est réalisée une telle saisie » indiquaient les autorités anglaises. Le 19 avril, un couple de Chinois était interpellé par les douaniers hollandais, à l'aéroport d'Amsterdam, en possession de 72 kg de civelles. Neuf jours plus tard, 40 nouveaux kg, d'une valeur estimée de 74 000 euros, conditionnés dans « 36 sacs plastiques », étaient interceptés à l'aéroport de Bilbao (Espagne). Leur destination : Shangaï (Chine).
Mais la « grosse prise » était réalisée en mars. Une opération conjointe des polices grecques, espagnoles, françaises, anglaises, de l'agence européenne spécialisée dans la répression de la criminalité (Europol) et de l'unité de coopération judiciaire de l'Union européenne (Eurojust) démantelait un trafic entre l'Espagne, via l'Italie, et la Grèce dernier point de transit européen des alevins pour un envol vers la Chine. Dix-sept personnes étaient arrêtées, en Grèce et en Espagne. 2 tonnes de civelles, 1 million d'euros en liquide, des faux documents, une voiture et luxe et des lingots d'or étaient saisis. Le réseau est suspecté d'avoir exporté 10 tonnes de civelles vers la Chine, pour un profit estimé entre 7 et 10 millions d'euros. Les autorités estiment que les civelles d'une valeur de 500 €/kg en Grèce, sont revendues en Chine à 1500 €/kg.
Malgré les interdictions d'exportation, les civelles européennes continuent d'affluer en Asie. Les filières de trafic sont structurées comme des organisations criminelles. En 2015, 9,6 tonnes d'anguilles sont apparues « par magie » dans les stocks japonais, indiquait, début décembre 2016, un article du Nikke asian review. En mars 2017, la police espagnole estimait à 7 tonnes les quantités de civelles exportées illégalement chaque année vers l'Asie.

Condamnations et arrestations

Les petites mains du braconnage ont elles aussi fait l'objet de toutes les attentions répressives. En novembre 2016, la police espagnole saisissait 70 tamis à civelles sur l'Ebre, fleuve qui se jette en Méditerranée. En février 2017, la police portugaise mettait la main sur une cargaison illégale de civelles d'une valeur de 18 000 €En France, les tribunaux correctionnels jugeaient les délits. Deux nouveaux braconniers étaient interpellés à l'embouchure du courant d'Huchet, petit fleuve côtier des Landes, avec 1,2 kgs de civelles. Sur la côte atlantique, les interpellations se succédaient à intervalles réguliers, jusqu'à la mi-avril, dans les marais de Guérande (Loire-Atlantique), dans l'estuaire du Blavet (Morbihan), au canal de la Martinière (Loire-Atlantique), à Vertou (Loire-Atlantique). Les opérations anti-braconnage ont, dans le Sud-Ouest, permis, en 2017, l'arrestation de quarante-quatre braconniers et la saisie de 300 kilos de civelles.
Le 8 juin dernier, deux hommes, soupçonnés de trafic de civelles, étaient interpellés en Vendée en possession de 176 000 € en liquide. 225 000 autres euros étaient saisis sur leurs comptes bancaires. Ils sont accusés d'avoir vendu des civelles à un mareyeur installé à Trignac.

Frédéric Véronneau