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Civelles : chronique d’un braconnage ordinaire

Civelles-N.-PorcherAu moins une fois par an, se tient, au tribunal correctionnel de Nantes, une audience dédiée au braconnage de civelles. Sept affaires au programme, ce mardi 4 septembre. Un pêcheur professionnel est dans le lot des prévenus. Une nuit de janvier 2018, les gendarmes l'accostaient tamis à civelles sur l'épaule gouttant, sur les berges de la Goulaine, un affluent de la Loire, non loin d'une écluse. « Je suis pêcheur professionnel » lançait-il carte de pêche à l'appui. Le document satisfaisait, circulez, une maréchaussée moyennement au parfum de la réglementation piscicole, mais toutefois un tantinet suspicieuse pour s'en aller interroger, quelques jours plus tard, ses collègues gardes-pêche qui lui apprenaient qu'on ne tamise pas à moins de 200 mètres d'un ouvrage entravant un cours d'eau. Convocation, audition, mise en examen. « Je ne savais pas » dit, à la barre, le pêcheur professionnel, en fournissant cependant un plan matérialisant le lieu du contrôle et l'emplacement du barrage. 213 mètres, a-t-il écrit dessus. « J'étais passé donner un coup de tamis, juste pour voir s'il y avait de la civelle, pour ne pas que je vienne dans le coin avec mon bateau pour rien » ajoute-t-il. Manifestement moyennement convainquant pour la présidente du tribunal. Et les deux précédentes entorses du pêcheur à la réglementation sur la pêche à la civelle, en 2013 et 2015, ne plaident pas en sa faveur. Deux mois de prison avec sursis, exclusion d'un an de l'association des pêcheurs professionnels en eau douce de Loire-Atlantique.

Footing, visite à l'hôpital et cadeau à grand-mère

Lui succède, un jeune homme, la trentaine, RSA, deux enfants, petit casier judiciaire de petit voleur. « J'faisais un footing » lâchait-il aux policiers qui l'alpaguaient, les pompes embouées, le 30 mars 2018, à l'écluse du canal Saint-Félix, confluent, à Nantes, de l'Erdre et de la Loire, haut lieu du braconnage. « À 4 h du matin ? » interroge la présidente. « Bah, oui ». 600 € d'amende.

Même temps, même lieu, son jeune frère, bottes au pied, tombait pareillement dans les mains policières. « Je ne savais pas qu'il était là » assure l'aîné. « Je ne sais pas ce qu'est une civelle » assura le cadet, dans la foulée de son interpellation au sommet d'une berge où gisait au niveau de l'eau un tamis et un seau avec 100 grammes d'alevins. Lui n'est pas connu de la justice. 600 € d'amende également.

Deux autres hommes étaient appréhendés au cours de cette descente conjointe des services de police, gendarmerie et garde-pêche. « Je revenais de voir mon père à l'hôpital » soutint l'un d'eux aux policiers qui venaient de le débusquer caché dans une coursive de la passerelle piétonne enjambant l'Erdre, une caisse en polystyrène avec 500 grammes de civelles quasi à portée de main. Il sera également interpellé, un peu plus de quinze jours plus tard, plus en amont sur la Loire. Deux mois de prison. 2000 € d'amende pour l'autre braconnier précédemment condamné à deux reprises pour des affaires de civelles.

Le dernier prévenu était, lui, contrôlé, avec 300 grammes de civelles, à l'écluse de Buzay, sur le canal de la Martinière, au Pellerin, en aval de Nantes, à 1 h 30 du matin, le 28 mars 2018. « Je voulais offrir un bol de civelles à ma grand-mère. » se justifiait-il. « Beau cadeau » ironise la présidente. 600 € d'amende. Quasi un mois de RSA.

Et tous ont à verser de 700 à 1800 € de dommages et intérêts, répartis entre Robin des bois, eau et rivières de Bretagne, la société protectrice des animaux sauvages, la fédération de pêche de Loire-Atlantique et l'association des pêcheurs professionnels en eau douce de ce même département.
Le 30 mars, « 2 kilos de civelles et 14 tamis furent saisis » précise un garde-pêche de l'agence française de biodiversité.

Frédéric Véronneau