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Les connaissances sur l’anguille d’avalaison de Loire s’affinent

Etude-anguilles-argentees-1« 990 ; 798 ; 12.7 ; 11.9 ; 43.8 ; points noirs 1 ; contraste 1 » L'un pèse, mesure et ausculte, l'autre note. Nicolas Bonnet, enquêteur halieutique, et Mathieu Bodin, chargé de mission, tous deux de l'association agréée interdépartementale des pêcheurs professionnels en eau douce du bassin de la Loire et des cours d'eau bretons (AAIPPBLB), passent en revue des anguilles argentées de Loire, destinées à la fumaison dans la CUMA de l'anguille argentée à Montjean-sur-Loire. Une cinquième session de mesures, en ce début février, pour cette saison de pêche 2015-2016. Chaque saison, deux types d'échantillonnages sont effectués par les techniciens en fonction des anguilles disponibles et de leurs dates de captures : biométrie seule réalisée sur les bateaux viviers ou biométrie couplée à une éviscération en laboratoire. Pour chaque anguille observée, une quarantaine par échantillonnage, sont ainsi déterminés son poids (en g), sa longueur (en mm), les diamètres oculaires horizontaux et verticaux (en mm), la taille de sa nageoire pectorale (en mm), et les critères visuels de son degré d'argenture. Les techniciens profitent ici de la préparation des anguilles à la fumaison pour examiner, après éviscération, les vessies natatoires, organe vital pour les déplacements du poisson dans la colonne d'eau et dont le bon état est indispensable pour qu'il réalise sa migration transatlantique. Ces suivis pluriannuels sont financés par l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne et le FEDER dans le cadre du Plan Loire Grandeur Nature. « 99 % des anguilles étudiées sont infectées par Anguillicoloides crassus, un ver parasite qui endommage la paroi de la vessie » indique Mathieu Bodin. Pas forcément de bon augure pour la survie de l'anguille qui, on le sait précisément aujourd'hui, évolue quotidiennement en mer entre des profondeurs de 300 à 600 mètres.

Unique en Europe

En Loire, l'anguille d'avalaison, en cours de migration vers l'Atlantique puis la mer des Sargasses, lieu supposé de reproduction de l'espèce, est, depuis 2001, suivie de près entre Amboise, à l'est de Tours et Ancenis, à l'est de Nantes. Une somme de données unique en Europe est recueillie chaque année en collaboration avec les pêcheurs professionnels installés sur ces quelque 150 kilomètres de fleuve. Ce suivi au long cours, combiné aux fiches de captures des pêcheurs et aux campagnes de capture-marquage-recapture menées entre 2001 et 2005 puis tous les quatre ans depuis 2008 par Éric Feunteun (professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle), ont permis d'estimer, sur ce secteur d'étude et sur la seule période d'ouverture de la pêche, du 1er octobre au 15 février, les populations annuelles d'anguilles d'avalaison « entre 135 000 et 350 000 individus, un bateau ne ponctionnant que 1 % de ce stock de passage. Ces chiffres relativisent naturellement l'impact des pêcheries au guideau sur le stock reproducteur de l'anguille européenne » précise Mathieu Bodin. On sait également, sans pour autant les quantifier, faute d'études, que des anguilles argentées gagnent la mer durant les sept autres mois de fermeture de la pêche. « Il serait bien aussi d'essayer d'évaluer les effets des opérations de repeuplement en civelles menées dans le cadre du plan européen de gestion de l'anguille. De nombreuses anguilles argentées de petites tailles ont été récemment observées ce qui pourrait indiquer les effets bénéfiques de ces campagnes » avance Mathieu Bodin. L'AAIPPBLB prévoit également d'étendre le suivi des contaminations parasitaires sur des anguilles jaunes en Loire moyenne. Un programme d'estimation des flux d'anguilles argentées, porté par l'association des pêcheurs professionnels de Loire Atlantique, est également en cours sur le Lac de Grand-Lieu (Loire-Atlantique).
À suivre donc...

Frédéric Véronneau