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Civelles : regard sur trois ans d’opérations de repeuplement

Le groupement d'intérêt scientifique sur les poissons amphihalins (Grisam) dressait, en juin 2015, le bilan des opérations de repeuplement en civelles qui se sont déroulées entre 2011-2013 dans le cadre du programme de gestion de l'anguille (PGA). Interview de Jérémie Souben, chargé de mission à Ara France, structure créée en juin 2010, à l'initiative des pêcheurs professionnels français maritimes et fluviaux, pour contribuer à atteindre les objectifs européens et français de reconstitution du stock d'anguille européenne.

Alevinage13En quoi consistent les opérations de repeuplement en civelles ?

Le repeuplement est une mesure de gestion qui contribue à la reconstitution du stock d'anguille européenne. Ce transfert doit permettre de reconquérir des milieux naturels en bon état écologique, ayant des potentialités d'accueil et de croissance sous-utilisées naturellement par l'espèce. Ces opérations doivent permettre d'augmenter le nombre de géniteurs sains en capacité de rejoindre la mer.

Combien d'opérations ont eu lieu depuis le lancement du plan de gestion anguilles ?

Depuis 2010, 45 actions de repeuplement de civelles ont été réalisées avec des quantités de civelles allant de 35 kg à 950 kg par projet. Chaque année, l'État français soutient le repeuplement pour mettre en œuvre le programme à la hauteur de ses engagements vis-à-vis de l'Europe, soit un alevinage correspondant à 5 % à 10 % de la production nationale. Le programme comprend l'ensemble des coûts induits par les opérations de repeuplement dont les analyses sanitaires et le suivi scientifique qui représentent 30 % du coût total.

Comment ont été choisis les sites de déversements ?

Les sites de repeuplement sont choisis localement par les Comités de gestion des poissons migrateurs qui évaluent via une grille de sélection les zones où les facteurs de mortalité sont réduits (pollution, hydroélectricité, pêche...) et où les capacités de productions sont les plus importantes. Les porteurs de projets proposent ensuite le site de repeuplement et l'ensemble des composantes du projet à un comité national de sélection.

Alevinage21Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

Sur le choix des sites de repeuplement les approches entre les acteurs sont différentes. D'un côté, certains souhaitent privilégier les zones aval des cours d'eau pour que l'échappement soit plus rapide. De l'autre côté, de nombreuses personnes impliquées dans le programme estiment qu'il est plus judicieux de regagner les zones favorables actuellement inaccessibles plus en amont plutôt que d'aleviner des zones déjà colonisées.

Comment sont effectués les suivis ?

En général, le protocole standard, défini par le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) est mis en œuvre avec des suivis par pêche électrique sur trois ans. Dans certains cas, en fonction des milieux, les suivis sont adaptés avec des verveux par exemple. 30 % des civelles sont marquées avec un colorant avant l'alevinage et lors des recaptures 6 mois, 1 an et 3 ans après le déversement, les scientifiques sacrifient une cinquantaine d'anguilles pour prélever les otolithes afin de vérifier si elles sont marquées.

Quel est le bilan ? Quels ont été les déversements les plus probants au regard des suivis scientifiques ? Et pourquoi faire un bilan ?

Nous nous attendions à ce bilan puisqu'il est inscrit dans le PGA. Il doit permettre d'évaluer l'efficacité du programme pour savoir à quelle hauteur les actions de repeuplement participent à l'échappement en anguilles argentées. Il est difficile de hiérarchiser les actions car les situations sont peu comparables : milieux, habitats disponibles, possibilité de colonisation hors de la zone suivie.... Actuellement, compte tenu du cycle de vie de l'anguille, il est trop tôt pour estimer la contribution à l'échappement mais nous retrouvons quasi systématiquement des anguilles marquées lors des suivis scientifiques ce qui est encourageant.

Cette politique de repeuplement a-t-elle, à un moment ou un autre, été remise en cause ?

La France est engagée vis-à-vis de l'Europe pour la mise en œuvre du repeuplement. Ces actions sont réglementaires ce qui permet de ne pas les remettre en cause chaque année. Néanmoins, certains acteurs estiment qu'il s'agit d'une aide à la pêcherie car nous nous servons du savoir-faire des pêcheurs professionnels pour réaliser ces opérations. Les opposants au repeuplement estiment qu'il faudrait laisser une colonisation naturelle. Mais à mon sens, il ne faut pas oublier que l'anguille est impactée par une multitude de facteurs et qu'une partie de ses habitats historiques ont été détruits et ne sont plus accessibles. Aujourd'hui de nombreux ouvrages sont bloquants et de nombreux bassins versants ne peuvent plus être colonisés naturellement. Le repeuplement permet de passer ces obstacles alors que naturellement les civelles sont bloquées.

Les opérations se poursuivent. Y a-t-il des améliorations à apporter ?

Oui, bien sûr. Il y a des améliorations à apporter, que ce soit dans la réalisation des actions ou dans l'évaluation de leur contribution à l'échappement. Les premières années nous permettent d'avoir un retour d'expérience.

Alevinage30La qualité des déversements et des civelles s'améliore-t-elle depuis 2010 ? Quelles améliorations ont été apportées ?

Oui, les acteurs impliqués ont le sentiment que les actions se sont améliorées depuis 2010. Ce sentiment a été confirmé par le travail scientifique mené par le GRISAM avec des résultats qui se sont améliorées chaque année. Les progressions ont été multiples pour rendre le repeuplement plus efficace et plus opérationnel. L'expérience acquise par les opérateurs est indéniable. Les protocoles techniques et les modalités financières se sont améliorés depuis les premières années.

Les porteurs de projets sont-ils toujours aussi investi ? Y a-t-il la possibilité de voir d'autres acteurs, autres que les associations et les Comités régionaux des pêches maritimes et des élevage marins (CRPMEM), porter les projets dans le futur ?

Les porteurs sont toujours aussi investis car ils sont convaincus de l'intérêt du repeuplement pour l'espèce. En 2014, de nouveaux porteurs ont réalisé des actions que ce soit des organisations de producteurs (OP) ou des associations départementales agréées de pêche aux engins et filets (ADAPAEF). Malheureusement, nous avons été freinés, au cours de l'année 2015, par une évolution des modalités de financement européen qui instaurent des règles différentes entre les opérateurs reconnus de droit public et de droit privé. Dans ce sens, nous avons perdu les associations agréées de pêcheurs professionnels (AAPP), ADAPAEF et OP qui n'avaient plus accès au même niveau de financement et qui n'avaient pas les moyens financiers de continuer ces actions. Cette évolution est pénalisante pour le programme. Il sera, en effet, encore plus compliqué de trouver de nouveaux porteurs de projets.

Les industriels participent-ils financièrement à ces programmes pour pallier leurs dégâts sur l'environnement ?

Normalement, le repeuplement devrait rassembler l'ensemble des acteurs ayant un impact au cours du cycle de vie de l'anguille, mais ce n'est pas le cas. Les industriels estiment qu'ils payent déjà via un fond de compensation aux dommages piscicoles qui est versé à la fédération nationale des pêcheurs de loisir en France (FNPF). Les organisations professionnelles ont besoin de plus de soutien de l'État pour encourager et sensibiliser les industriels.