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Un art de vivre

pêcheur lac alpin © S. SicotQui sont les pêcheurs professionnels continentaux et estuariens ? Des passionnés avant toutes choses ! Passion transmise de père en fils ou simple plaisir de pêcher le dimanche donnant naissance à une vocation ! Insidieux, le virus s'est alors diffusé finissant par créer une véritable dépendance au milieu aquatique. Pour satisfaire ce besoin impérieux et vivre de la pêche, il fallait franchir le pas. Beaucoup en ont rêvé, mais combien sont allés jusqu'au bout ? Sans une détermination indéfectible, il est difficile d'accéder à cet idéal !
Mais nombre de chemins mènent à l'embarcadère ! On pourrait multiplier les exemples de reconversion, de l'ancien ouvrier du bâtiment renonçant aux bruyants chantiers de construction, à l'ingénieur automobile désireux de rompre avec ses cadences industrielles, en passant par le jeune qui a la vocation depuis toujours, les trois, aspirant à se retrouver en osmose avec la nature pour en cueillir les fruits. Car la nature est généreuse pour peu qu'on prenne un peu soin d'elle.

Comme le paysan qui aime la terre et la travaille pour qu'elle produise, le pêcheur, par ses actions bénéfiques au milieu, œuvre pour que sa récolte soit bonne ad vitam aeternam. Il ne pêche jamais aveuglément. Nombre de jeunes pêcheurs récemment installés sont titulaires d'un BEP ou d'un BTS aquacole, formations au cours desquelles ils ont acquis une solide connaissance de la gestion piscicole.

Mais dans ce métier, l'apprentissage est quotidien, les savoir-faire sont une mosaïque de compétences polyvalentes chaque jour renouvelées : ramendage des filets, préparation du poisson, relevés biométriques des pêches scientifiques aujourd'hui et comptabilité, goudronnage des nasses et épissures demain...

Ce difficile métier qu'il faut exercer tous les jours dans le froid, la pluie, le vent, la chaleur accablante... n'est pas sans danger non plus ! Bateau échoué, arbre entier arraché des berges ayant dérivé dans les filets, nasses ensablées...

Que d'inconfort, que de sacrifices face aux investissements, que de brimades des autres catégories de pêcheurs, le professionnel doit-il supporter... C'est le prix à payer pour pouvoir continuer à jouir du rythme saisonnier de la vie des fleuves, des rivières et des lacs dont il connaît les moindres composantes !

Sur l'eau, la lumière, parée d'or, est parfois si douce et les silences si paisibles à l'âme. Les subtiles senteurs parfument les humeurs. Les paysages éblouissants et vierges s'étirent à perte de vue. Grenouilles, castors, hérons cendrés, aigrettes se manifestent. Le temps est à la communion. Lyrisme ? Non. Tout ceci existe réellement encore à l'aube du troisième millénaire !

Le pêcheur professionnel pourrait garder jalousement rien que pour lui ses petits et grands bonheurs d'une vie quotidienne de labeurs. Mais son désir d'ouverture de son monde sur le monde est plus fort. Le plaisir qu'il a à pêcher, il veut le transmettre. Il se fait pédagogue auprès des scolaires, hôte convivial auprès des touristes... Les produits qu'il offre et prépare aux petits oignons à ses clients des marchés et ceux des restaurateurs, sont autant de joyaux de quelques réjouissantes traditions culinaires qu'il lui faut partager.

La pêche est un art de vivre, peut-être aussi une religion pour certains...

Beaucoup plus que des pêcheurs

Les pêcheurs professionnels ne sont pas seulement des pêcheurs. Ils participent, en effet, à des plans de gestion de grande ampleur : pacage lacustre sur les lacs alpins, reconstitution du stock de saumons sur l'Adour, Indicang, tableau de bord anguille sur la Loire, marquage-recapture des anguilles argentées sur la Loire... Les associations de protection de la nature leur reconnaissent un rôle majeur de gestionnaires du milieu.

Les pêcheurs professionnels participent à l'équilibre des espèces et des classes d'âge pour une pêche durable. Ils limitent la prolifération des espèces invasives et des gros spécimens compromettant l'équilibre biologique d'une rivière. Leur présence régulière sur le terrain permet de freiner les actes de braconnage.

Soucieux d'œuvrer pour la préservation des ressources, ils utilisent souvent des engins de pêche plus sélectifs que la réglementation l'impose. C'est une des clés de la pérennité de leur entreprise.

Chaque pêcheur déclare l'ensemble de ses captures sur des fiches mensuelles qui sont ensuite collectées par le Suivi national de la pêche aux engins (SNPE), service de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema). Ce sont les pêcheurs professionnels qui sont à l'origine de ce dispositif nécessaire à une gestion rationnelle. Le ministère l'a rendu ensuite obligatoire hormis pour les pêcheurs récréatifs. Ces données recoupées avec celles du Réseau hydrologique piscicole (RHP) permettent de connaître l'évolution des stocks de poissons.

Pêche scientifique © J.-F. MarinLes professionnels sont des veilleurs du milieu mais des éveilleurs aussi. Leurs connaissances sont précieuses. Ils sont souvent les premiers à constater les dysfonctionnements du milieu, les pollutions et donc les premiers à lancer les alertes.

Ils sont de plus en plus souvent sollicités pour accomplir de nombreuses prestations :

- Pêches scientifiques,

- Pêche de sauvetage lors de vidange de plans d'eau et de barrages,

- Pêche de régulation avec l'autorisation de l'administration sur le domaine public fluvial et à la demande des propriétaires sur le domaine privé.

 

Des investissements lourds

La pêche nécessite un lourd investissement en matériel, un matériel qui doit être, qui plus est, sans cesse renouvelé. Cordages, filets, verveux ont beau être réparés et entretenus régulièrement, stockés soigneusement à l'abri des UV, il n'en demeure pas moins que leur durée de vie est courte.

Les investissements en filets et engins de pêche sont très variables selon les pêcheurs et les régions. En moyenne, la valeur des engins détenus par chaque pêcheur est estimée à 12 800 €. Les matériels utilisés sont d'une grande diversité, filets droits ou trémails de longueurs différentes, verveux, nasses à anguilles, grandes cages métalliques à perches des lacs alpins, tamis à civelles...

Les moteurs hors-bord, quant à eux, doivent être révisés fréquemment et remplacés périodiquement pour la tranquillité d'esprit et une meilleure sécurité par tous les temps. C'est aussi pour ces raisons que le bois a été abandonné pour les bateaux de 5 à 7 mètres, au profit de l'aluminium ou du polyester qui demandent peu d'entretien. En outre, il est de plus en plus difficile de trouver des cales en bon état sur le réseau hydrographique français pour mettre les bateaux au sec. Dans les estuaires, les navires de type « Canot » ou petit chalutier de 6 à 8 mètres sont équipés de moteur in-bord (d'une puissance autorisée maximale de 100 CV). Le coût d'une telle embarcation neuve avoisine les 150 000 €, dépense toutefois amortissable sur 7 ans.

Laboratoire © P. GautierUn quart des pêcheurs a investi dans la construction d'un laboratoire de transformation aux normes sanitaires européennes. Viviers, chambres froides, machines à glace, véhicules utilitaires isothermes, écailleuses, balances électroniques, tables inox, unités de cuisson font également partie du matériel possédé par nombre de pêcheurs.

D'autres charges entrent dans les frais professionnels. Outre les cartes des associations de pêche et les charges sociales, dont les taux sont à peu près similaires à toutes les entreprises, le poste « carburant » est un gouffre. Si pour le gasoil les taxes sont réduites comme pour les agriculteurs, aucun dispositif fiscal n'existe pour l'essence des moteurs hors-bord, ce qui entraîne pour certains fluviaux des notes de carburant de l'ordre de 7 000 € par an, voire plus.

 

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