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Illustres ancêtres. Quand les revendications traversent les siècles

Filet entre Hte Bas IndreDès le début du XXe siècle, les pêcheurs professionnels regrettent leur manque d'organisation : ils n'ont pas suffisamment de poids pour se faire entendre des pouvoirs publics. Afin d'harmoniser leur régime avec les réalités du métier, les pêcheurs professionnels se regroupent en syndicats, eux-mêmes organisés en fédérations de bassins. Mais revendiquer leur rôle et leurs droits nécessite une véritable cohésion nationale. C'est dans ce contexte que se tient à Toulouse, les 2 et 3 août 1924, le premier congrès national des syndicats des fermiers et permissionnaires de pêche et de chasse au gibier d'eau.
Devant le sérieux de l'organisation « désireuse avant tout de faire œuvre utile », « le premier congrès a revêtu une ampleur inespérée ». Il a rassemblé les délégués des divers syndicats et de nombreux pêcheurs. L'objectif est alors d'unifier étroitement les membres de la profession en fédération nationale et de formuler conjointement des vœux pour une pratique durable de la pêche.
L'extrait du compte-rendu de ce premier congrès se passe de commentaires.
« Jusqu'à ce jour en France, le pêcheur aux engins est resté isolé et silencieux, seuls les pêcheurs à la ligne, bien groupés, ont eu voix aux chapitres et se sont fait écouter à un tel point, que dès qu'il est question de pêche, on n'a plus en vue que la pêche à la ligne, sport agréable c'est entendu, mais instrument absolument insuffisant pour la mise en valeur des eaux. Il est donc devenu tout à fait indispensable qu'un deuxième son de cloche trop longtemps silencieux se fasse enfin entendre. C'est là un des principaux buts de nos syndicats professionnels, but très légitime et tout à fait conforme à l'intérêt national.
Notre domaine piscicole mérite mieux qu'il n'a, il doit être administré plus judicieusement et exploité avec plus de soins pour le plus grand avantage de l'Etat et la plus grande satisfaction des pêcheurs et des consommateurs.
L'importance de la pêche dans un pays doit être en rapport avec le développement de ses cours d'eau. En France, où le réseau fluvial atteint 275 000 kilomètres, fleuves, rivières, ruisseaux et canaux compris, il est bien loin d'en être ainsi. Il est humiliant de voir que chaque année nous achetons pour des millions de poissons d'eau douce à l'étranger, pendant que nous pourrions en exporter, si une administration mieux comprise et une organisation plus rationnelle étaient enfin innovées.
C'est vers l'obtention d'un tel résultat que tendent tous nos efforts afin de l'obtenir le plus rapidement possible et c'est pour cela seulement, que nous nous sommes réunis en congrès national.
Cet acte, résultat d'une organisation méthodique et réfléchie, marquera dans les annales de la pêche fluviale comme étant le point de départ de l'essor d'une organisation nouvelle seule capable de modifier heureusement le régime de la pêche.
Nous sommes certains du succès parce que, voulant sincèrement faire œuvre utile, nous ne proposerons et ne demanderons que des choses raisonnables, qu'après étude, les pouvoirs publics ne pourront pas nous refuser.
Loin, bien loin de nous toute idée d'égoïsme, nous ne voulons rien accaparer à notre profit. Bien au contraire, nous entendons contribuer au bien-être général en apportant notre modeste tribut d'efforts et de sacrifices pour aider nos finances et augmenter la richesse piscicole de la France. Nous sommes tous des travailleurs dans la plus belle acception du mot. Je crois que cette qualité nous donne quelques droits et me permet de dire aux pouvoirs publics : "Vous avez aujourd'hui en face de vous une nouvelle organisation corporative, un nouveau Syndicat". Ne croyez pas un seul instant que nous sommes nés pour compliquer votre tâche en vous créant des difficultés nouvelles ; nous sommes par trop respectueux de l'ordre, du régime et de ses lois pour qu'il puisse en être ainsi un seul instant. Toutefois nos charges et nos besoins, joints à vos propres charges et besoins nous font obligation de vous conseiller de ne pas gaspiller à la légère un des trésors nationaux et de vous demander de modifier les lois et les règlements de la pêche, afin de les mettre en rapport avec les besoins nouveaux du pays, de la consommation et de la pisciculture. »

Des vœux en veux-tu en voilà !

pêcheur harponnant poissonVœu n° 1 - Qu'un service unique et autonome de pêche et pisciculture soit institué en France.
Vœu n° 2 - Que le repeuplement en poissons migrateurs soit reconnu d'utilité publique.
Vœu n° 3 - Que la pêche professionnelle qui n'est représentée actuellement au Conseil supérieur que par un seul membre, le soit à l'avenir par quatre délégués, à raison d'un par grand bassin fluvial, ce délégué étant désigné par les groupements professionnels.
Vœu n° 4 - Que la taxe de 10 % (dite taxe de luxe) sur les baux de pêche ne soit pas applicable aux adjudicataires qui sont pêcheurs professionnels, c'est-à-dire qui exploitent eux-mêmes leurs lots, et en tirent la majeure partie de leurs ressources.
Vœu n° 5 - Considérant que l'article 13 du décret du 5 septembre 1897 qui prohibe tous les filets traînants à mailles inférieures à 40 mm s'oppose à l'exploitation de certains poissons très intéressants, tels que goujons et ablettes, qu'on ne peut prendre qu'avec des filets de 10 mm ; lamproies, aloses feintes, hotus, vandoises, qu'on ne peut prendre qu'avec des mailles de 27 mm, le congrès demande la modification de cet article dans un sens plus libéral et plus conforme aux intérêts économiques.
Vœu n° 6 - Que le « baro » ou « vire-soulet » soit autorisé avec couloir complet sur rivières navigables et flottables, pendant la période printanière d'interdiction, pour la capture de l'alose, de la lamproie et de l'hotus, avec mailles de 27 mm.
Vœu n° 7 - Que la nasse ou bosselle en osier vergée à 10 mm, destinée à la pêche de l'anguille et dont la largeur du goulot n'excèdera pas 4 cm, soit autorisée dans certaines parties des cours d'eau du domaine public pendant la période d'interdiction du printemps (avril à juin).
Vœu n° 8 - Que l'épuisette à mailles de 27 mm soit autorisée pour la pêche à la lamproie et à l'alose, cet engin étant inopérant pour la capture de tous autres poissons en liberté.
Vœu n° 9 - Que la pêche à la lamproie soit autorisée aux abords immédiats de certains barrages, et cela par les moyens que fixera l'administration.
Vœu n° 10 - Que la date des adjudications, fixée en général à la dernière semaine de décembre, soit avancée, afin de permettre soit aux jeunes pêcheurs qui s'installent, soit à ceux qui changent de rivière ou dont le matériel est usé, de reconstituer ce matériel avant l'entrée en jouissance de leurs baux.
Le congrès demande que les adjudications aient lieu dans la première quinzaine de décembre.
Vœu n° 11 - Le congrès estime que pour certaines espèces de poissons, la longueur minimum de 14 cm est insuffisante. Ainsi le brochet, par sa forme allongée, est encore à l'état d'alevin, en conséquence, le congrès demande que la taille minimum pour ce poisson soit portée à 20 cm, de l'œil à la naissance de la queue.
Dans les parties des cours d''eau où le saumon se reproduit et pour éviter que l'on ne capture les jeunes saumons, (tacons, tocans, glezics) sous le nom de truite, comme cela se pratique actuellement d'une façon courante, le congrès émet le vœu que la taille minimum de la truite soit portée à 18 cm.
Vœu n° 12 - Que l'administration prévoie dans les baux au moment du renouvellement des cantonnements en 1925, l'autorisation d'accorder des permis de pêche à deux lignes plombées en nombre suffisant pour satisfaire aux demandes des pêcheurs à la ligne. Une partie du produit de ces licences d'un prix fixé par l'administration, serait affectée au repeuplement.
Le congrès demande en outre qu'un permis spécial de pêche au saumon à la ligne soit institué, d'un prix en rapport avec la valeur de ce poisson.

capture lamproie foëne


Vœu n° 13 - Que les échelles à poissons de tous les barrages soient modifiées, afin de faciliter la montée de tous les poissons, et pour permettre l'accès des frayères naturelles aux espèces migratrices.
Vœu n° 14 - Que les barrages industriels soient tenus de maintenir le niveau amont et aval des eaux aussi constant que possible, surtout pendant la période du frai. (Le 30 mai 1924 les barrages de Tuilières et de Mauzac ont provoqué la destruction d'un nombre incalculable d'alevins).
Vœu n° 15 - Que les sociétés anonymes possédant en travers des rivières des ouvrages d'art susceptibles de gêner la montée des poissons ou de modifier anormalement l'étiage des eaux soient écartées des adjudications, surtout lorsque sous-louant les lots, elles font accepter par les sous-fermiers des réserves qui couvrent des actes nuisibles à la pisciculture.
Vœu n° 16 - Que le droit de chasse ne soit pas séparé du droit de pêche, et que dans le cas où il en serait séparé, ce droit ne soit concédé par licence qu'après avoir été mis en adjudication sans résultat.
Vœu n° 17 - Pour arrêter l'accaparement progressif des rivières au profit exclusif des sociétés de pêcheurs à la ligne, pour éviter les inconvénients maintes fois signalés qui en résultent pour la collectivité, et tout en tenant compte du rôle social de ces sociétés, le congrès émet le vœu qu'aucune nouvelle concession à l'amiable ne soit faite, mais que les lots de pêche soient mis régulièrement en adjudication, en s'inspirant des idées qui ont motivé le vœu n° 12.
Vœu n° 18 - Que le braconnage sous toutes ses formes soit sévèrement réprimé, surtout en période de frai, et que les peines se rapportant à certains délits de pêche (empoisonnement, pêche aux explosifs, appâts aux stupéfiants ou avec certains engins destructeurs d'alevins) soient très sensiblement aggravées.
Vœu n° 19 - Considérant la nécessité de sauvegarder et d'améliorer notre approvisionnement en poisson d'eau douce, le congrès invite l'administration des Ponts et Chaussées à mettre à l'étude un nouveau système de dragage qui comporte l'enlèvement, et, si possible, l'utilisation du gravier sans immersion nouvelle. Dans tous les cas, le service des dragages est prié de prendre toutes dispositions utiles, après avoir consulté les fermiers ou sociétés de pêcheurs, pour respecter les grands fonds, les refuges et les frayères.