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Sur la piste des aloses de Garonne

Au cours de l'été 2017, Françoise Daverat, chercheuse à l'Irstéa de Bordeaux, a suivi, en kayak, la migration des aloses, grandes (alosa) et feintes (fallax), de leurs frayères de Garonne à l'estuaire de la Gironde. Interview.

Comment vous est venue l'idée de cette expédition ? Dans quel contexte s'inscrit-elle ?
L'idée de l'expédition est venue d'une discussion avec Donatien Garnier, artiste, qui a déjà utilisé le concept d'expéditions légères, itinérante en kayak pour un de ses projets. J'avais déjà collaboré avec Donatien Garnier, notamment dans le cadre des œuvres Protolithe et Géants. Dans le cadre du projet Shad'eau s'intéressant à un poisson migrateur, le concept d'expédition suivant la migration en kayak en suivant le cours du fleuve est apparu naturellement.

Quel a été votre itinéraire et quelle fut la durée de l'expédition ?
Nous sommes partis de la commune de La Magistère et nous avons suivi le cours de la Garonne jusqu'au Verdon. Nous avons effectué le parcours en deux temps pour rendre compte du cycle de vie des aloses. Dans un premier temps, début juin, nous avons navigué en deux étapes de 30 km pour tenter de retrouver des cadavres de géniteurs morts après la reproduction, entre La Magistère et Nicole puis nous avons navigué entre Nicole et le Verdon en août, sur le parcours migratoire des alosons. Nous avons navigué 13 jours en tout.

Comment était composé votre « équipage » ? Et pourquoi une telle composition ?
Notre équipe était composée de 5 membres, Donatien Garnier, poète et plasticien, Mélanie Gribinski, photographe et vidéaste, Boris Lesimple, moniteur de kayak, Éric Bacle, cuisinier et professeur de yoga et moi-même scientifique. Donatien, Mélanie et moi avions des données, des images à acquérir le long du parcours, et Boris et Éric nous ont apporté une aide logistique indispensable pour la navigation, le bivouac, la cuisine, la récupération musculaire, la manutention.

En quoi consistait votre protocole scientifique ?
J'ai embarqué des capteurs pour enregistrer en continu la température, turbidité, et activité chlorophylienne, ainsi que des capteurs passifs qui captent des polluants organiques. De façon anecdotique, j'ai tenté sans succès de pêcher des alosons et de récupérer des cadavres de géniteurs sur frayères. J'ai également effectué quelques enquêtes auprès des pêcheurs récréatifs rencontrés pour des collègues économistes.

Quels constats avez-vous pu faire spontanément au contact des milieux naturels et aquatiques parcourus ?
Les niveaux d'étiage et d'eutrophisation dans la partie haute du parcours avaient atteint des niveaux que je n'avais encore jamais rencontrés. Je n'avais pas non plus réalisé l'ampleur des prélèvements d'eau par les activités agricoles avant de le voir directement sur le terrain.

Quelles observations avez-vous faites sur les populations d'aloses ? Sur les frayères, dans leur dévalaison ensuite, dans l'estuaire.
Sur les frayères, nous n'avons rien pu voir, nous avons seulement aperçu quelques alosons, sans pouvoir faire la distinction entre feinte et grande, au bord des rives à deux reprises.

Avez-vous prélevé des individus pour analyses ?
Non, je n'ai pas eu du succès dans ma collecte, mais dans le cadre du projet, d'autres collègues en ont prélevé des aloses (juvéniles et adultes).

Avez-vous déjà pu tirer quelques enseignements et conclusions de votre expédition ?
Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives. L'analyse des capteurs passifs semble montrer que les alosons dans leur parcours sont exposés à toute sorte de contaminants d'origine agricole et urbaine à des concentrations non négligeables. Nous devons encore affiner ces résultats pour pouvoir les exploiter

Avez-vous fait des constats incidents, sur d'autres populations de poissons notamment, silures par exemple ?
La présence des silures est assez impressionnante, avec de gros sujets qui viennent parfois à la rencontre des kayaks, mais il s'agit d'observations isolées qui ne permettent de tirer aucun constat.

Quand sera publié l'ensemble de vos conclusions ?
A partir de la fin 2018.

Quelles suites vos travaux vont-ils avoir ? Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la prochaine étude sur l'alose ?
Cette expédition est une sous-partie d'un vaste projet Shad'eau et Fauna, financée par l'Agence de l'eau Adour Garonne et la région Aquitaine, qui va se dérouler sur 5 ans et qui fédère une quinzaine de chercheurs (Irstea, INRA, CNRS, Université de Pau et des pays de de l'Adour). Ce grand projet s'intéresse à tous les stades de vie (géniteurs sur les frayères, larves, alosons, aloses en mer) et cherche donc à comprendre plus globalement pourquoi les aloses ont décliné sur le bassin de la Garonne. Au fur et à mesure, ces différentes études devraient apporter un nouvel éclairage.

Propos recueillis par Frédéric Véronneau