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Changements climatiques : les poissons vont-ils prendre un court-bouillon ?

« Les mois de mai, août et septembre 2014 ont été les plus chauds dans le monde depuis le début des relevés de températures en 1880 » rappellent Florence Baptist, Nicolas Poulet et Nirmala Séon-Massin de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema). 2013 a également été l'une des années les plus chaudes de l'histoire. Comment les poissons d'eau douce vivent-ils à l'heure du réchauffement climatique ? s'est récemment interrogé l'Onema.

A.-Vonarb-2La canicule de 2003 est « un très mauvais souvenir » pour Adrien Vonarb, pêcheur professionnel sur le Rhin. Les fortes chaleurs, combinées à une baisse des débits, avaient alors provoqué l'asphyxie des algues et autres organismes microscopiques, formant sur le fond une couche d'une quinzaine de centimètres d'épaisseur. Phénomène que le pêcheur rhinois avait également constaté dans ses bassins de stockage. « Dans le fleuve, les anguilles qui stagnaient dans ces résidus, ont contracté une sorte de rougeole qui les faisait mourir » indique Adrien Vonarb. « C'est désormais systématique quand on enregistre de fortes chaleurs, ajoute le pêcheur. Ce fut le cas l'année dernière ». Le développement de maladies est un des effets néfastes annoncés du réchauffement climatique.

Autre constat d'Adrien Vonarb, depuis 2003, « les excès de chaleur au printemps réchauffent d'abord les eaux qui vont toutefois se refroidir sous l'effet de l'arrivée d'eau de la fonte des glaciers alpins. » Un abaissement de la température des eaux qui, « entre avril et juin, bloque les remontées d'anguillettes » assure le pêcheur. Une observation prise avec des pincettes par les scientifiques sceptiques, s'amuse Adrien et ses 26 années de fleuve. Et pour les autres espèces ? « Non, dit-il, je n'ai rien constaté d'anormal, si ce n'est l'étalement de la période de frai ». « Les périodes de crues sont aussi fortement perturbées par rapport aux « standards » précédant les années 1999 à 2003 » ajoute le pêcheur.

Eau « chaude », sang froid

Le réchauffement climatique n'est donc pas sans effet sur le cycle de vie des poissons et plus largement sur leurs populations. « La majorité des espèces aquatiques sont des organismes à sang froid ce qui les rend d'autant plus sensibles aux modifications même légères de la température de leur milieu. » indiquent les chercheurs de l'Onema. Les préjudices sont avérés pour certaines espèces. En 2007, des scientifiques démontraient qu'une eau à 22 °C réduisait fortement la fertilité et la survie des œufs de saumon atlantique. Observation faite également sur la truite arc-en-ciel, le saumon argenté, le chabot commun et le gardon. Mais d'autres poissons semblent tirer profit des évolutions. Sur le lac Léman, une hausse des températures de l'eau favorise les productions de phytoplancton et zooplancton et favorise en fin d'hiver le recrutement et le développement des larves de corégones. Des modèles statistiques montrent que les changements climatiques sont bénéfiques pour le chevesne.
Les transformations d'habitats liées au réchauffement pourraient accroître l'aire de répartition de l'anguille et de l'alose feinte, mais réduire les zones d'accueil du saumon atlantique et de l'omble chevalier.
« Soumises à un changement climatique, les espèces peuvent, soit adapter leur fonctionnement physiologique et de fait leurs traits de vie, soit migrer et ainsi modifier leur distribution afin de suivre les modifications du climat, ceci à condition que les capacités de dispersion de ces espèces et la disponibilité en ressources permettent ces déplacements » rappellent les chercheurs de l'Onema. « La vulnérabilité des espèces au changement climatique dépend des exigences écologiques de chacune » précisent-ils encore. En 2013, dans une étude, des chercheurs du laboratoire BOREA (CNRS, IRD, MNHN, UPMC) de l'Université Toulouse III - Paul Sabatier et de l'Université d'Utrecht (Pays-Bas) concluaient que le changement climatique ne représenterait pas, à l'horizon 2100, la principale menace sur la biodiversité des poissons. « Les extinctions actuelles provoquées par la pollution, la dégradation de l'habitat, les introductions d'espèces ou encore la fragmentation liée aux barrages sont très largement supérieures à celles qui seraient dues au changement climatique » indiquent-ils.