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Des pêcheurs pros pour la vidange du lac de Guerlédan

 Panorama-Guerledan-Aignan

C'est un joli coin de nature, en lisière des Côtes-d'Armor et du Morbihan. Un lac de barrage EDF, de 304 hectares, 45 mètres de fond par endroits et 51 millions de m3 d'eau, prisé des pêcheurs de loisirs, des promeneurs, des baigneurs et autres amateurs de sports nautiques. L'examen réglementaire décennal du barrage hydroélectrique a conclu à la nécessité de le mettre six mois à sec, entre avril et septembre 2015, pour effectuer des « travaux de sécurité et de maintenance, sur le parement du barrage, les conduits et les vannes de fond » indique Lénaïk Derlot, chargée de mission eau, environnement et territoire chez EDF.

Sauvetage piscicole

Guerledan-3La fédération de pêche des Côtes-d'Armor, en partenariat avec l'électricien, lançait alors le projet de sauver les plus beaux spécimens de poissons. Une pêche dite « de décompression ». Peut-être pas une première dans l'histoire des vidanges de barrages, mais un projet pour le moins « expérimental » précise Lénaïk Derlot. « En avril, la plupart des poissons entrent dans leurs périodes de reproduction. Ils sont alors fragilisés. Et l'assèchement des retenues provoque inévitablement d'importantes mortalités. » explique Thomas Gauguery, chargé d'études à la fédération de pêche des Côtes-d'Armor. EDF faisait appel au savoir-faire de Didier Macé, pêcheur professionnel sur la Vilaine et la Loire, pour qu'il réalise, en mars, après les premiers turbinages abaissant le niveau d'eau, cette pêche « de décompression », une pêche aux filets à grosses mailles, autorisée par arrêté préfectoral. « C'est une pêche un peu technique. Il faut capturer vivants des gros poissons qui peuvent évoluer dans des eaux profondes. Il faut, pour les remonter, respecter des paliers de décompression » explique Didier Macé. « On avait d'abord prévu une campagne de deux jours pour voir s'il n'y avait pas trop de « casse » parmi les poissons pêchés, commence Thomas Gauguery. Mais ils étaient en bon état. La pêche s'est donc prolongée sur quinze jours. » poursuit-il. Chaque poisson a été pesé, mesuré et mis en vivier. Au total, « 148 individus, brochets, sandres, perches, carpes, pour un poids total de 463,7 kilos » précise le chargé d'études de la fédération de pêche, autant de poissons trophées qui ont ensuite retrouvé la liberté dans quatre sites de pêche de loisir des Côtes-d'Armor et du Morbihan.

10 à 20 tonnes de poissons

Le 1er avril, seront ouvertes les vannes de fond pour finir de vider le barrage. Un autre pêcheur professionnel, Alain Baillet, entrera alors en action pour récupérer les poissons dévalant et ceux bloqués dans les poches d'eau. Une biomasse piscicole estimée entre « 10 et 20 tonnes » indique Lénaïk Derlot, sur la base des « 18 tonnes » glanées, en 1985, lors du précédent assec, opérations de récupération menées alors « par les fédérations de pêche, l'Onema et des bénévoles ». « 80 % sont des poissons blancs » ajoute Thomas Gauguery. Les anguilles, s'il y en a, seront remises à l'eau « à l'aval du barrage » précise Lénaïk Derlot. Un partenariat a été conclu avec une entreprise du Finistère pour transformer « les poissons qui ne seront pas en état d'être vendus » en aliments pour les élevages piscicoles. Le pêcheur pro vendra les plus « vaillants spécimens » via un mareyeur, et assurera éventuellement une vente directe aux habitants des alentours, si la demande existe.
Les vannes du barrage de Guerlédan se refermeront fin octobre. Viendra ensuite, quand le niveau d'eau sera suffisant, le temps, pour les fédérations de pêche et EDF, de rempoissonner.