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Bas-Rhin : une étude « scientifique » sera-t-elle le prétexte à l’éviction du pêcheur professionnel ?

Thierry Jung 2Sur le plan d'eau de Plobsheim, dans le Bas-Rhin, un projet d'étude sur les causes de mortalités des poissons, en 2015 et 2016, pourrait bien n'être qu'une tentative déguisée d'éviction du seul pêcheur professionnel. Explications.

C'est un vaste plan d'eau artificiel de quelque 650 hectares, mis en service en 1970, pour éviter à Strasbourg, notamment, d'être inondée par les crues de l'Ill « Le plan d'eau de Plobsheim fut, dès l'origine, ouvert aux sports nautiques et aux pêcheurs, dont les pêcheurs professionnels. » indique Thierry Jung, lui-même pêcheur professionnel. Il y donne ses premiers coups de filets en 2014, en tant que co-fermier du président de l'association des pêcheurs professionnels du Rhin, Jean-Marc Adam. L'autorisation de pêche de Thierry a été renouvelée, sans autre formalité, par le préfet, le 1er janvier 2017, dans le cadre de la délivrance des baux de pêche sur le domaine public fluvial.

Pêcheurs de loisir contre professionnel

« Je viens y pêcher quand le débit du Rhin est trop important pour poser mes filets » indique le pêcheur. Une présence de la pêche professionnelle qui n'est pas forcément bien vu des pêcheurs de loisir. « Au fil des ans, la fédération de pêche du département a procédé à des alevinages en brochetons de plus en plus importants pour pouvoir vendre des cartes de pêche à foison. On estime facilement les pêcheurs à plus de 500. Plobsheim est devenu la Mecque, pour le grand Est, de la pêche des carnassiers » précise Thierry. En juillet 2015, deux de ses filets ont été retrouvés à la dérive avec des poissons morts depuis plusieurs jours. Le président de la fédération de pêche s'empressait de prendre sa plume pour crier au scandale et dénoncer sans détours un véritable « carnage ». « Les pêcheurs de loisir s'imaginent-ils que j'ai fait exprès de perdre un filet à 300 € ? Je sais parfaitement où je pose mes filets, et si je ne mets pas de bouées, c'est pour éviter justement qu'on ne me les vandalise, j'ai des repères sur les berges extrêmement précis » explique Thierry Jung. Pour lui, le « sabotage » ne fait guère de doute.

Mortalités piscicoles

Un mois plus tard, des quantités impressionnantes de poissons étaient retrouvées morts. « Le plan d'eau n'est pas profond de plus de 3 mètres, et les fonds sont couverts d'herbes. Pour que ses bateaux puissent naviguer, la base nautique a procédé à des faucardages alors que les températures extérieures étaient élevées. La décomposition des plantes a probablement provoqué un manque d'oxygène de l'eau responsable de l'asphyxie des poissons » avance Thierry Jung. En août 2016, nouvel épisode de mortalités, dont nombre de jeunes brochets récemment mis à l'eau par la fédération. « Une hécatombe » pour reprendre le terme du président de la fédération. En cause, là encore, la chaleur, selon Thierry Jung, qui ne manque pas de moquer le peu de professionnalisme des techniciens de la fédération qui ont procédé à des alevinages alors que l'oxygène de l'eau faisait vraisemblablement défaut. Des hypothèses sur des causes de mortalités qui, pour n'importe quel bon connaisseur des fonctionnements de ces milieux peu profonds, n'ont rien d'extraordinaires.

Le bien-fondé de l'étude en question

Mais en mars 2017, le préfet du Bas-Rhin mettait en consultation publique un projet d'étude sur les causes de mortalités des poissons de Plobsheim. « Je l'ai appris par hasard. Je n'ai à aucun moment été consulté » s'agace Thierry Jung. Énervement d'autant plus légitime que le protocole de l'étude, prévoyant la remise à l'eau vivants des poissons capturés (no-kill), conduit à sa mise au chômage technique d'office. « L'année dernière, à la suite de l'épisode de mortalité, j'ai, de mon propre chef, renoncé à pêcher dans le plan d'eau. Mais me priver, cette année encore, de cette ressource, met le fragile équilibre économique de ma petite entreprise en péril. Les restaurateurs de la route touristique de la matelote, succession de restaurants dans le Ried, plaine située entre l'Ill et le Rhin, s'étendant de Drussenheim à Illhaeusern, devront-il cuisiner leur matelote, plat du patrimoine alsacien, avec des poissons d'importation ? » demande le pêcheur professionnel. Lui voit derrière le lancement de cette étude la main de la fédération, inquiète, notamment, de le voir capturer les plus gros poissons après la levée des interdictions PCB de commercialisation et de consommation. « Lors de mon installation, on m'avait clairement conseillé de ne pas venir pêcher à Plobsheim en me faisant comprendre, à demi-mots, que ça pouvait me valoir quelques soucis » complète Thierry Jung. Une pétition sur Internet pour demander son éviction avait même été lancée.
« Je ne suis pas foncièrement contre cette étude. C'est sa forme qui ne me convient pas » précise Thierry Jung, qui a reçu le soutien, via la consultation publique, du Comité national de la pêche professionnelle en eau douce (Conapped) et de quelqu'uns de ses collègues. Une opposition argumentée qui a conduit la direction départementale du territoire du Bas-Rhin à organiser, le 5 mai, une réunion d'urgence.
À l'issue des discussions, il était décidé de limiter la période de no-kill entre mi-juillet et fin septembre, le temps pour le bureau d'études chargé de mener les recherches, de définir précisément son plan de pêche. Thierry Jung rappelait son souhait de participer à l'étude en bonne collaboration avec les pêcheurs de loisir, et demandait également d'avoir accès aux résultats. « L'avenir nous dira si cette étude est à but scientifique ou si elle servira de support à la fédération pour une nouvelle demande d'éviction des pêcheurs professionnels de ce plan d'eau. » conclut Thierry Jung. Affaire à suivre...

Frédéric Véronneau