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La difficile relocalisation d’un pêcheur professionnel en eau douce

Le dossier était pourtant bien ficelé et son approbation en commission de bassin pour la pêche professionnelle paraissait jouable. À l'occasion du renouvellement des baux de pêche de l'État pour la période 2017-2021, Nicolas Courbis, pêcheur professionnel sur le Rhône, contraint au chômage technique partiel depuis 2008 en raison des interdictions PCB en vigueur sur ses lots de pêche, pouvait enfin espérer trouver, à quelque 150 kilomètres de son domicile, une zone de relocalisation sur le lac de retenue de Monteynard-Avignonet, en Isère, étendue d'eau de quelque 660 hectares. « Une installation qui ne pouvait représenter pour moi qu'une activité saisonnière complémentaire » précise Nicolas Courbis.

Ouverture sous conditions

Lac de Monteynard-Avignonet DRMais une ouverture subordonnée à des mesures de gestions proposées par les pêcheurs professionnels eux-mêmes. « Étant donné l'absence de retours d'expérience d'exploitation professionnelle de plans d'eau de retenue, j'ai donné, à la direction départementale des territoires, les précisions générales suivantes : il sera possible d'orienter la gestion du plan d'eau (empoissonnements, frayères artificielles, régulation des cyprinidés vieillissants et des espèces exotiques le cas échéant…) en fonction des compléments de connaissances acquises dans le cadre de l'exploitation du droit de pêche et en collaboration avec l'Onema, et à la suite d'échanges et de concertations avec le comité de suivi à mettre en place ; il sera également possible pour le pêcheur professionnel de collaborer non seulement aux suivis des peuplements prévus par l'Onema en 2017 (DCE), mais aussi à d'autres suivis le cas échéant, toujours en complément de son activité professionnelle sur le plan d'eau. J'ai par ailleurs souligné l'intérêt de la pêche professionnelle en eau douce pour la valorisation socio-économique du plan d'eau, la connaissance, la surveillance… de manière totalement complémentaire et compatible avec la pêche de loisirs et les autres usages, et j'ai évoqué également les besoins de relocalisation suite aux impacts PCB, en application de la note de la ministre de l'écologie du 28 janvier 2016 relative au renouvellement général du droit de pêche de l'État. » explique Nicolas Stolzenberg, chargé de mission du Conapped.

Pros et opposants

L'Onema émettait alors un avis favorable à cette installation. Le préfet faisait savoir qu'il n'y était pas opposé en signant le cahier des charges pour la location du droit de pêche de l'État le 28 juin 2016. La fédération départementale des pêcheurs de loisirs n'est, elle, pas vraiment pour, mais s'en remettait à la décision finale préfectorale. En juin 2016, lors de la commission technique départementale de la pêche, son président, Hervé Bonzi, votait « contre » et ajoutait, en novembre, lors d'une interview au Dauphiné libéré : « C'est l'État qui décidera et la loi s'appliquera ». L'association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA) de Monteynard-Avignonet – 833 adhérents annoncés (550 selon le Dauphiné libéré) - affichait son opposition forcenée. La pétition initiée en ligne « Protégeons la pêche de loisir sur le lac de Monteynard » recevait, fin novembre 2016, le soutien de 1568 internautes. La député PS d'Isère, Marie-Noëlle Battistel, la conseillère départementale, Frédérique Puissat (LR) et son collègue Fabien Mulyk (Divers droite) rejoignaient, symboliquement, leur camp.

Décision dilatoire

Le 24 novembre, lors de la commission de bassin pour la pêche professionnelle, le dossier d'installation du pêcheur professionnel était finalement retiré du vote, « dans l'attente de nouveaux éléments » était-il expliqué. Le préfet acceptait, en effet, de reporter d'un an sa décision d'autorisation ou de refus d'installation, la subordonnant aux conclusions d'une étude à réaliser sur les peuplements piscicoles du lac. « Ce report est la meilleure solution. Elle évite une clôture pure et simple du dossier » commentait en substance le chargé de missions pêche de la direction départementale des territoires.
« Cette "solution" imposée n'est, bien entendu, pas satisfaisante car il n'y a aucune garantie de résultat positif, et elle fait fi des procédures d'ouverture du lot, des multiples réunions de concertation en commissions techniques, de l'avis précédent de la commission de bassin, de la note de la direction de l'eau et de la biodiversité (DEB) du ministère de l'Environnement demandant la relocalisation des pêcheurs impactés PCB et un accès équilibré au domaine public fluvial (DPF) entre catégories de pêcheurs… D'autant moins satisfaisante que les interdictions PCB restent en vigueur sur l'aval du bassin ! » s'irrite Nicolas Stolzenberg.

Expectatives

L'étude du peuplement, des pêches aux filets couplées à une étude hydro-acoustique, devait être réalisée par l'unité lacustre de l'Onema et l'Inra, avec le concours de pêcheurs professionnels. L'Inra, trop occupée dans les délais impartis, a décliné l'offre et a invité la DDT à se tourner vers des bureaux d'étude. « Mais qui va payer ? » s'interroge Nicolas Stolzenberg.

Frédéric Véronneau