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Balayer les a priori

La pêche et les pêcheurs professionnels en eau douce ont désormais une existence sur le Net. Les internautes désireux d'entendre un autre son de cloche que celui d'une certaine pêche de loisir, qui aime tant tirer à boulets rouges sur la pêche professionnelle, sa voisine des cours d'eau, trouveront matière à réflexion.

Pêcheur du Léman © G. Bondaz

Le grand public a le droit de découvrir qui sont réellement ces professionnels, quels sont leurs vrais visages, leur vrai métier. Ceux-ci ont maintenant la parole pour tordre le cou aux idées fausses et faire un grand ménage dans les a priori colportés depuis trop longtemps par des représentants plus soucieux d'exterminer la pêche professionnelle que de protéger le milieu qu'elle exploite.
Les querelles ne prendront sûrement pas fin demain, mais il faut souhaiter que le déversement de torrents de bile gratuite se tarisse un peu et se transforme en un débat constructif pour tous et utile au milieu.

On prête aux pêcheurs professionnels une conduite qu'ils n'ont pas. Pour se débarrasser d'eux sur les eaux du domaine public fluvial, nombre de représentants de la pêche de loisir n'hésitent pas à salir une profession qui, avec ses 500 adhérents, n'a pas toujours les moyens, l'envergure ou l'audience nécessaires pour rétablir les vérités.

Tentative d'expulsion

L'ouverture de ce site offre l'opportunité de, non seulement, tordre le cou aux a priori que tout un chacun peut avoir à l'égard de la profession, mais aussi de balayer les nuisibles idées reçues qu'aiment à répandre certains représentants de la pêche récréative. Ces derniers clament que la pêche professionnelle, qu'elle soit continentale ou maritime, appartient à une autre époque et qu'il faut en finir avec cette activité révolue  ! « Les pêcheurs professionnels pillent le milieu et il est temps d'arrêter le massacre » disent-ils. Les aquaculteurs en étangs ne sont d'ailleurs pas plus respectés. Voilà pour l'ambiance.

Pêcheur aux lignes © Diathèque OnémaÉvidemment, les choses ne sont pas aussi simples ! Il est facile d'incriminer pour avoir le champ libre... Mais encore faut-il ne pas se contenter d'affirmer, haut, fort et en l'air.
À quels noirs desseins ces représentants de la pêche de loisir à la ligne obéissent-ils pour s'évertuer ainsi à dresser leurs 850 000 adhérents contre les 500 pêcheurs professionnels continentaux ?

 

Nourrir les hommes

La soif de pouvoirs guide incontestablement leur stratégie. « À nous, toute la place et vive l'aquaculture ! » sont leurs mots d'ordre. Pangas et saumons d'élevage à toutes les tables !
Pourquoi donc, dans le cadre d'une pêche durable, le grand public ne devrait-il plus avoir accès au poisson sauvage acheté sur l'étal d'un marché local ou commandé au restaurant ?
Quelle logique suivent ces représentants voulant remettre en question le fait que les pêcheurs, au même titre que les agriculteurs, ont pour vocation de nourrir les hommes et d'apporter dans les assiettes un éventail de poissons dont les goûts subtils enrichissent la palette des saveurs de la cuisine française ?

La ressource est préservée

L'accusation de pillage de la ressource ne résiste guère à l'examen. Jamais le moindre pêcheur professionnel n'a pêché, pêché et pêché encore jusqu'à épuisement de la ressource des lots qui le font vivre.
Le professionnel est le comptable d'une bonne gestion de son territoire d'activité. Il n'est pas libre de choisir ses lieux de pêche et de s'installer d'office sur les plus poissonneux. Il doit se limiter aux lots qu'il exploite et qu'il loue, cher qui plus est, à l'État et aux collectivités locales par période de 5 ans. La plupart des pêcheurs restent toute leur carrière sur les mêmes lots. Ce n'est pas un mythe ! Aujourd'hui, les huit professionnels du lac de Grand-Lieu (Loire-Atlantique) sont les héritiers d'une activité qui se pratique depuis la plus haute Antiquité.

Pêcheur du lac de Grandlieu © S. SicotIl est toujours bon de rappeler deux équations de bon sens : si le pêcheur épuise la ressource qui le fait vivre, lui et sa famille, il meurt, professionnellement s'entend ; ce même pêcheur n'a aucun intérêt à pêcher plus que le milieu ne peut le supporter.
Ce qu'oublient les détracteurs dans leur raisonnement hâtif et à l'emporte-pièce, c'est que les lourds investissements d'une entreprise de pêche (bateau, moteur, filets, engins, local professionnel, chambre froide, machine à glace, véhicule utilitaire) ne s'amortissent pas sur une seule année. Allons, allons ! Aucun professionnel ne serait assez fou pour vider la rivière de tous ses poissons avec de telles charges sur les reins ! Qui plus est avec des emprunts à rembourser pendant 10, 15 ou 20 ans !
On comprend ainsi mieux pourquoi il a la responsabilité de respecter son « fief » qu'il doit partager avec les pêcheurs de loisir. Et si une année, une cinquantaine de pêcheurs supplémentaires arrive sur les lieux, il doit les accepter sans rechigner. Et la cohabitation peut s'avérer problématique. En effet, si le poisson vient à manquer, c'est la faute du professionnel, bien sûr. Il n'avait pas à être là... dit-on rapidement. Et bien peu sont conscients que les uns assouvissent un loisir tandis que l'autre s'échine à gagner son pain quotidien.
On a déjà vu des pêcheurs professionnels jeter l'éponge parce que, sur les lots qu'ils exploitaient, les pêcheurs de loisir en trop grand nombre (contrairement aux pêcheurs professionnels, leur nombre n'est pas contingenté) exerçaient une pression de pêche trop forte.

© diathèque Onema

Garder ou relâcher les poissons ?

Dans les congrès, on entend fréquemment les représentants des pêcheurs de loisir se targuer d'avoir fait adopter par leurs adhérents certaines pratiques censées être respectueuses de l'environnement. C'est ainsi que la technique du « no kill » ou bien en français du Québec, de la « grâciation » est de plus en plus répandue dans les pays riches. Elle consiste à remettre vivants à l'eau les poissons à des fins de protection. En France, si le concept est reconnu « bon pour la planète » ou arrange bien nombre de pêcheurs qui n'aiment pas préparer ou manger du poisson, il n'en demeure pas moins que les belles pièces et les poissons dits « nobles », sont bien souvent exclus du champ d'application de cette théorie. Les poissons fleurons de la gastronomie sont très rarement remis à l'eau.Ce qui est somme toute fort compréhensible. Sauf quand il s'agit d'énormes silures qu'ils espèrent reprendre plus gros encore l'année suivante, ce qui est une ânerie sur le plan de la gestion environnementale des milieux aquatiques. Et ce qui conduit à conclure que la « grâciation » pourrait être pour certains rien de moins que de l'esbroufe...

Les chiffres parlent

Contrairement aux pêcheurs amateurs « aux engins et filets » et aux professionnels qui, dans un objectif de gestion, déclarent leurs captures au SNPE (suivi national de la pêche aux engins), les représentants des pêcheurs de loisir à la ligne ont toujours refusé que leurs adhérents fassent de même. Néanmoins, une étude basée sur les chiffres de 2006[1] a estimé que les membres des associations agréées pour la pêche et la protection du milieu aquatique (Aappma) – c'est le nom officiel des pêcheurs de loisir - capturaient en moyenne et annuellement 1 200 tonnes d'anguilles, 75 % des prises étant localisées sur des secteurs de la Loire, de Vendée et de Charente.
Pour l'année 2006, il convient d'ajouter à ce chiffre, les 20 tonnes capturées par les 6 000 pêcheurs amateurs aux engins exerçant sur le domaine public français. Dans le même temps, les pêcheurs professionnels, en mettaient en tout et pour tout 55  tonnes sur le marché (Chiffres SNPE).

Haine mal placée

La pêche est un loisir merveilleux. Tous les pêcheurs « du dimanche » ne sont pas à mettre dans la même bosselle en osier. On ne compte plus les belles rencontres et les bons moments partagés entre les pêcheurs professionnels et les pêcheurs récréatifs. Malheureusement ces amitiés du bord de l'eau se transforment en mépris et animosités inconditionnelles dans les sphères fédérales dirigeantes. Et ce qui gêne les pêcheurs professionnels, c'est la mauvaise foi de ces hommes dont les attaques répétées semblent trop souvent répondre à un combat politique totalitaire assaisonné d'un soupçon de fanatisme. Pourquoi tant de haine ?

Respect des lois et vigilance vitale

Les pêcheurs professionnels ne sont pas des hors-la-loi. Leurs actions de pêche sont encadrées par le Code de l'environnement et un cahier des charges dans lequel les pêcheurs de loisir ont leur mot à dire.
Bien que les réductions du temps de pêche et... les invectives en tout genre ne cessent de les pénaliser toujours un peu plus, les pêcheurs professionnels tentent de tenir.
Ils s'inscrivent dans une démarche de pêche durable, dont les ingrédients sont : une pêche réglementée, des engins sélectifs et un milieu protégé. Malheureusement, ce dernier point n'est pas de leur ressort.

Plaine inondable © S. Sicot

Vigiles du milieu

Devenir pêcheur professionnel n'est jamais un choix par défaut. C'est un art de vivre. On embrasse la profession de pêcheur professionnel parce qu'on veut travailler en contact avec les milieux naturels. Le respect de la nature et de ses ressources a une dimension vitale pour eux.
Bien souvent, ils sont les premiers à constater des dysfonctionnements du milieu ou à découvrir des pollutions visibles ou invisibles.
Doit-on estimer qu'ils outrepassent leur mission, leurs obligations, quand leur conscience professionnelle les pousse à surveiller le tronçon de cours d'eau qu'ils louent et d'en signaler les dysfonctionnement ? Ils sont les gardiens de cet espace et se sentent incontestablement responsables de son bien-être et de son intégrité.
Partout, ils œuvrent pour que des stations d'épuration efficaces soient mises en place afin que les pollutions insidieuses, rémanentes, chargées de substances phytosanitaires ou médicamenteuses cessent. Autant de molécules qui jouent le rôle de perturbateurs endocriniens réduisant considérablement les succès de reproductions des poissons. Mais « ce qu'on ne voit pas, n'existe pas » dit-on parfois. Malheureusement, trop, trop souvent lorsque le poisson se raréfie, ce sont les pêcheurs professionnels qui sont dénigrés car ils effectuent les prélèvements les plus visibles. Ils sont donc les plus faciles à accuser. Un filet est présenté comme un engin meurtrier alors que les poétiques petits bouchons qui dansent au fil de l'onde font presque oublier les milliers d'hameçons munis d'ardillons...

Les vraies raisons du déclin

Combien de pêcheurs ont dû cesser leur activité à cause de pollutions qui déciment les stocks ou d'arrêté préfectoral d'interdiction de commercialiser le poisson potentiellement contaminé par les Pcb ou le mercure !
L'affaiblissement des débits des cours d'eau, les barrages, les aménagements, les assèchements, drainages ou remblaiements des zones humides représentent également des nuisances responsables de la raréfaction de certaines espèces.

Barrage de Tuilières sur la Dordogne © EpidorLes services scientifiques rappellent à intervalles réguliers que les pêcheurs professionnels sont des acteurs indispensables. Ils participent à la gestion des cours d'eau, remplissent, depuis de nombreuses années et sans rechigner, des carnets de pêche dont l'analyse des données contribue grandement à améliorer la connaissance des espèces et à mieux identifier l'origine des problèmes.

WWF et Conapped : un « mariage de bonnes raisons »

Le Conapped, l'organisation nationale de la pêche professionnelle et le WWF France partagent une vision commune de l'exercice de cette profession : celle qui préserve les écosystèmes aquatiques d'eau douce et saumâtre en respectant les normes environnementales. Les deux organisations œuvrent pour une pêche responsable, basée sur une exploitation équilibrée des ressources halieutiques et s'appuyant sur une approche écosystémique. Il faut que cette profession reste un facteur de cohésion sociale dans le respect des identités des territoires en permettant une valorisation des autres métiers de la filière, jusqu'à l'alimentation et la restauration.
Conscient de l'intérêt de soutenir les pêcheurs professionnels dont l'existence, en France, est menacée, WWF a lancé un programme de soutien à la profession.
Si les pêcheurs professionnels étaient réellement ces « grands méchants loups » des milieux aquatiques, le WWF s'engagerait-il à leurs côtés ?

Gérer un bien commun

Malheureusement la sagesse des hommes n'est pas toujours au rendez-vous...
Combien de temps vont durer encore ces accusations injustes des leaders de la pêche de loisir à l'égard des pêcheurs professionnels ? Ces propos blessants et gratuits seront-ils remplacés un jour, par la reconnaissance de leur valeur et des valeurs qu'ils défendent ?
À titre posthume peut-être !
Et qu'ont-ils pour tenir face à ce flot d'attaques grotesques et ce destin si noir ?
Deux indéniables plaisirs de la vie : le sentiment de plénitude absolue que procure le milieu aquatique et la satisfaction du travail accompli en comblant grâce à leurs produits les cuisiniers et les papilles des fins gastronomes... Oui, vraiment, c'est un bien beau métier !

[1] Area Eau Environnement, Pêche de l'anguille, éléments de diagnostic.

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