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Attaques contre les pêcheurs professionnels de Loire : brisons le silence !

Barque Philippe 1Pour certains, la Loire n'est plus un long fleuve tranquille et porte bien son nom de fleuve sauvage. Le métier de pêcheur professionnel en Loire moyenne est devenu difficile, voire dangereux. Bateaux coulés, filets volés, ponton d'accès handicapé saboté mettant la vie de son utilisateur en péril, moteurs hors-bords détruits, intimidations et messages haineux sur les réseaux sociaux... Les attaques contre les pêcheurs professionnels, qui durent depuis une dizaine d'années, se sont récemment aggravées.

Interdictions liées aux PCB levées dans le Doubs et, pour partie, en Saône

20170621-FIG-CarteInterdictionsEtLeveesLa consommation et la commercialisation de poissons, pêchés dans le Doubs, du barrage de Mathay jusqu'à la confluence de la rivière avec la Saône, et dans les canaux et plans d'eau de dérivation de cette dernière, sont de nouveau autorisées, depuis le début du mois de juillet 2017. Elles étaient interdites depuis septembre 2009.
Les préfets des départements du Jura, du Doubs et de Saône-et-Loire ont considéré que « l'exposition de la population générale aux PCB par la consommation de poissons d'eau douce était aujourd'hui négligeable hormis dans les zones de préoccupation sanitaire » et que « dans les zones hors ZPS, le risque de dépassement des teneurs réglementaires était faible et le risque pour la santé des consommateurs négligeable sous réserve de respecter les recommandations de consommation ».
Les interdictions pesant sur les autres portions de Saône pourraient être levées très prochainement.

Anguilles-civelles : un nouveau plan de casse pour les marins pêcheurs et de nouvelles demandes du CIEM

Que va-t-il finir par rester de la flotte de marins pêcheurs d'anguilles et de civelles dans les estuaires des façades atlantique, de la Manche et de la Mer du Nord ? Un nouveau plan de sortie de flotte pour les navires ciblant cette espèce est sur les rails depuis le 26 juillet 2017. Une conséquence du déséquilibre constaté, entre 2011 et 2015, entre capacités de pêche et possibilités de pêche. Ce plan de casse est accessible aux marins pêcheurs justifiant de captures au moins 60 jours par an, ou ayant atteint le seuil de 70 kg pour 2 ans pour la civelle et de 1 000 kg pour 2 ans pour l'anguille jaune. Le montant de l'aide s'échelonne de 47 260 à 2 170 000 €. Le marin signataire de la convention d'aide ne pourra pas réarmer un bateau pour la pêche maritime avant cinq ans. Les candidats doivent déposer leur dossier avant le 30 septembre 2017.

Saison de civelles et anguilles jaunes 2017-2018

Pour la saison de pêche 2017-2018, les marins pêcheurs ont décidé de conserver le même nombre de droit de pêche spécifique civelle que la saison passée, soit 438. Mais l'un des objectifs du plan de sortie de flotte est de n'autoriser, à terme, plus que 413 navires à pêcher la civelle. Objectif de réduction des droits de pêche identique pour l'anguille jaune. 229 « licences » ont été autorisées pour la saison prochaine, mais il ne devrait plus en rester, dans les années à venir, que 222.
Les contingents par bassin restent identiques à ceux de la saison passée.

Les nouvelles demandes du conseil international pour l'exploration en mer (CIEM)

« Depuis la fin des années 1990, le stock d'anguilles européennes est à un niveau historiquement bas et les mesures de gestion prises depuis 2007 pour le reconstituer n'ont pas montré leur efficacité » indiquait en substance, en mai 2017, le conseil international pour l'exploration en mer (CIEM) pour demander que les mortalités d'anguilles liées aux activités humaines soient désormais « proches de zéro ».
Dans la foulée, la direction des affaires maritimes et des pêches de la commission européenne (DG Mare) en appelait, pour avis, aux conseils consultatifs pour qu'ils étudient la possibilité de mettre en place de nouvelles mesures de réduction des captures des pêcheries professionnelles. Une demande « inaudible pour les pêcheurs professionnels français qui sont les seuls à atteindre leurs objectifs de gestion dans le plan de gestion anguille » précise Jérémie Souben, chargé de mission au comité national de la pêche maritime et des élevages marins (CNPMEM). Ce dernier rappelait notamment que« cette exigence arrive à contretemps du calendrier fixé par le règlement anguille. Les différents pays doivent, en effet, faire le bilan, dix ans après leur instauration, de leur plan de gestion anguille en juin 2018, étape essentielle avant l'introduction éventuelle de nouvelles mesures de gestion ou de mesures plus restrictives. Les derniers rapports de mise en œuvre des plans de gestion, transmis fin juin 2015, n'ont jamais fait l'objet d'un avis ni du CIEM et ni d'un rapport d'évaluation de la commission européenne » précise le CNPMEM.
« Avec une interdiction de la pêche professionnelle, sera perdu le bénéfice des actions environnementales de repeuplement en civelles qui permettent d'améliorer la colonisation naturelle et favorisent, à terme, l'échappement d'anguilles argentées. L'absence de pêcheurs professionnels sur le terrain ne permettra plus de limiter le braconnage et le rôle de veille sur les facteurs de mortalité nécessaire pour alerter les pouvoirs publics ne sera plus assuré. De nombreux indicateurs de l'état de la ressource disparaitront également » ajoute en substance l'organisation professionnelle des marins pêcheurs.
En attendant, la commission européenne a d'ores et déjà proposé d'interdire, en 2018, la pêche, commerciale et récréative, de l'anguille en mer Baltique.

Frédéric Véronneau

Quand la mort de chiens est préjudiciable aux pêcheurs professionnels

CyanosD'avoir lapé de l'eau de Loire, de la Vienne et de leurs boires croupie aux cyanobactéries, des chiens sont morts. « Mais aucun autre animal fréquentant habituellement les rives de ces cours d'eau, castors, chevreuils, n'a été retrouvé ainsi. Et aucune mortalité de poissons n'a été constatée » rappelle Jérôme Monfray, président des pêcheurs professionnels de Loire Bretagne. Et si les analyses, pratiquées par l'agence régionale de santé, sur les échantillons d'eau prélevés aux endroits de décès des chiens, montrent des taux de cyanobactéries dépassant les normes autorisées, celles réalisées dans le lit du fleuve et les eaux de baignade, n'ont pas décelé de concentration anormale de ces agents pathogènes. Le préfet du Maine-et-Loire n'en a pas moins interdit, à titre préventif, la consommation de poissons de Loire dans son département. Lors d'une réunion, ce 30 août, à la préfecture d'Indre-et-Loire, pouvoirs publics et services de santé reconnaissaient pourtant que l'état des connaissances ne permettait nullement d'estimer les risques pour la santé humaine de consommation de poissons éventuellement contaminés. Le préfet de ce département cantonnait l'interdiction de consommation de poissons au secteur des communes de Beaumont-en-Véron et de Thizay, traversées par la Vienne, où fut retrouvé l'un des chiens.

Poissons analysés

Mulets et poissons blancs ont été expédiés au muséum d'histoire naturelle de Paris, seul organisme disposant d'un protocole peu ou prou fiable pour mener des analyses sur la présence de cyanobactéries dans la chair. Mais les résultats ne seront pas connus avant le début du mois d'octobre. Le préfet du Maine-et-Loire s'est engagé à lever l'interdiction dès que les eaux de la Loire seront remontées « significativement ».
« Évidemment, les pêcheurs professionnels acceptent ce principe de précaution. Mais ils ne sont nullement inquiets sur la qualité sanitaire des poissons qu'ils pêchent et qu'ils proposent à leur clientèle. Mais en attendant leur image est une nouvelle fois écornée » déplore Mathieu Bodin, directeur de l'association des pêcheurs professionnels de Loire-Bretagne.
Plus largement, se pose la question de la gestion de l'eau des fleuves en période d'étiage important. « Entre Saumur et Angers, j'ai compté une vingtaine de canons arrosant par 35 °C à l'ombre du maïs avec de l'eau prélevée directement dans la nappe alluviale » indique-t-il.

Cyanobactéries

Les cyanobactéries sont des organismes qui se nourrissent de phosphates et de nitrates et qui se transforment en « algues » sous l'effet de la chaleur. Présence excessive de nutriments, très faibles débits de l'eau rendue, par ailleurs, transparente par le « travail » de filtration des corbicules présentes, elles aussi, en excès et fortes chaleurs : les conditions, au mois d'août, étaient réunies pour favoriser le développement et la prolifération de cyanobactéries, continuellement présentes dans le bassin de la Loire, mais qui se font habituellement discrètes et qui « n'ont jamais provoqué, à notre connaissance, aucun cas d'intoxication humaine » précise Mathieu Bodin.

Frédéric Véronneau

Bilan de la saison de civelle 2016-2017

Civeliers-a-quai

Les quotas de captures n'ont pas été totalement consommés. Et certains projets de repeuplement n'ont pu être menés à bien. La lutte contre le braconnage et le trafic s'est intensifiée. Tour d'horizon de la saison de pêche à la civelle 2016-2017.
« En Adour, la saison de civelles s'est achevée avant la date de fermeture prévue. Les quotas consommation et repeuplement ayant été atteints. Pour la 4e saison consécutive, nous constatons de très bons recrutements de civelles, ce qui laisse penser que le stock d'anguilles est en train de se refaire sérieusement sur notre fleuve pour les années à venir. » précise Alain Cazaux, président de l'association des pêcheurs professionnels d'Adour.
Pour la saison 2016-2017, consommation et repeuplement compris, les marins pêcheurs ont capturé 40 tonnes de civelles, et les fluviaux 6 tonnes. Le quota national global de captures était de 65 tonnes. En 2015-2016, 46 tonnes, sur les 57 tonnes de quotas, avaient été pêchées.
Sur l'ensemble des unités de gestion anguilles (UGA), les pêcheurs professionnels en eau douce ont, lors de la saison qui s'est terminée fin avril 2017, pêché la quasi-totalité des quantités qui leur étaient accordées au titre des quotas consommation. Les quotas repeuplement, eux, n'ont été, à l'exception de l'Adour, que très peu consommés. . Sur les 5070 kg de captures autorisés sur l'ensemble des UGA, seuls 2852 kg de civelles ont été pêchées,faute de commande sur le marché de repeuplement européen

Repeuplements à bas régime

En France les quantités alevinées se situent dans le bas de la fourchette des obligations de repeuplement du plan national de gestion de l'anguille européen (voir graphique). 2329 kg d'alevins d'anguilles (5,1 % des captures totales) ont ainsi été disséminés dans des cours et plans d'eau disposant de conditions favorables à leur croissance. « Le projet sur l'Orne (UGA Artois Picardie et UGA Seine Normandie) a été reporté car la quantité de civelles était insuffisante au moment où les actions de repeuplement étaient prévues. Et les projets Maine et Sèvre nantaise (UGA Loire) ont seulement atteint 50 % des objectifs fixés. L'augmentation en moyenne du prix d'achat mareyeur du repeuplement européen explique en partie ce bilan. Pour l'UGA Loire cours d'eau vendéens, un autre facteur est à prendre en compte. En effet, les alevinages de cette année ont été effectués plus tôt dans la saison, en février, pour suivre les préconisations scientifiques (« meilleure adaptation des civelles au milieu »). Or c'est à cette période que le prix du sous-quota consommation » pour la civelle est le plus fort. Il a donc été plus difficile de mobiliser la quantité de civelles pêchées suffisante au projet de repeuplement à cette période de l'année. » précise Déborah Gornet, chargée de mission à l'association pour le repeuplement anguilles en France (Ara France). Rappelons également que, dans le cadre de l'appel à projets, l'achat des civelles et les prestations liées à la phase de mareyage et de transport sont financées à hauteur de 350 euros/kg de civelles. Les contraintes spécifiques au repeuplement français, (contrôle sanitaire, temps de stabulation...) peuvent conduire à préférer les opérations de repeuplement européen.
Mi-décembre 2016, ARA France indiquait qu'entre 2010 et 2016, 60 millions de civelles avaient été alevinées. En 2017, 6 millions de civelles ont notamment été déversés dans l'Elbe (Allemagne).

Télécapêche se déploie

La télédéclaration des captures de civelles par Internet ou par sms, via Télécapêche outil optionnel d'aide à la gestion, s'étend. Les pêcheurs de l'Adour y ont adhéré, cette année. Le système permet à la profession d'alerter les services gestionnaires et d'avoir une vision quasiment en temps réel des quantités pêchées. Les services gestionnaires s'appuient sur cet outil qui offre la possibilité de prendre les décisions de fermeture de la pêche, , au plus près des quantités de captures autorisées. « Cela nous a permis d'aller jusqu'au bout de nos quotas. » se félicite Alain Cazaux. Télécapêche a, par exemple, vu transiter 100 % des captures du quota consommation des pêcheurs de l'UGA Loire hors organisation de producteurs. Seuls les pêcheurs de l'UGA Charente-Seudre-Garonne-Dordogne-Leyre ont pour l'instant « boudé » l'outil et sont restés fidèles aux seules déclarations papier.

Civelles « volent »

Début décembre 2016, huit personnes étaient arrêtées, au Japon, avec, « en poche », 320 000 civelles (environ 110 kg) en provenance de Taïwan, sans qu'on sache toutefois l'origine initiale des bébés anguilles. Les braconniers américains sont aussi de grands pourvoyeurs de civelles de contrebande. Fin 2016, trois d'entre eux étaient condamnés par le tribunal de Charleston (Caroline du sud) pour un trafic estimé à quelque 2,6 millions de dollars.
Dans la nuit du 16 au 17 janvier, la brigade de surveillance des douanes d'Arcachon interceptait un véhicule transportant « 520 kilos de civelles braconnées », d'un valeur estimée à 600 000 €. Le poisson provenant d'Espagne prenait la direction de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle, pour être acheminé en Thaïlande.
Les 10 et 14 février, des descentes de police étaient effectuées dans les principaux ports de débarquement (Charente, Seudre et Gironde) et dans 8 établissements de mareyage en Charente-Maritime. Une cinquantaine de pêcheurs professionnels, sept collecteurs, sept viviers et deux tonnes de civelles étaient contrôlés. Quatre professionnels étaient verbalisés. 11 kilos de civelles étaient confisqués.
140 kg de civelles étaient de nouveau saisis, début février 2017, à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. Destination Thaïlande également. 206 autres kg, d'une valeur estimée à 1,2 million de livres, étaient découverts, à l'aéroport d'Heathrow (Angleterre), le 15 février, alevins transportés par un homme, de 64 ans, arrivant d'Espagne. « C'est la première fois qu'est réalisée une telle saisie » indiquaient les autorités anglaises. Le 19 avril, un couple de Chinois était interpellé par les douaniers hollandais, à l'aéroport d'Amsterdam, en possession de 72 kg de civelles. Neuf jours plus tard, 40 nouveaux kg, d'une valeur estimée de 74 000 euros, conditionnés dans « 36 sacs plastiques », étaient interceptés à l'aéroport de Bilbao (Espagne). Leur destination : Shangaï (Chine).
Mais la « grosse prise » était réalisée en mars. Une opération conjointe des polices grecques, espagnoles, françaises, anglaises, de l'agence européenne spécialisée dans la répression de la criminalité (Europol) et de l'unité de coopération judiciaire de l'Union européenne (Eurojust) démantelait un trafic entre l'Espagne, via l'Italie, et la Grèce dernier point de transit européen des alevins pour un envol vers la Chine. Dix-sept personnes étaient arrêtées, en Grèce et en Espagne. 2 tonnes de civelles, 1 million d'euros en liquide, des faux documents, une voiture et luxe et des lingots d'or étaient saisis. Le réseau est suspecté d'avoir exporté 10 tonnes de civelles vers la Chine, pour un profit estimé entre 7 et 10 millions d'euros. Les autorités estiment que les civelles d'une valeur de 500 €/kg en Grèce, sont revendues en Chine à 1500 €/kg.
Malgré les interdictions d'exportation, les civelles européennes continuent d'affluer en Asie. Les filières de trafic sont structurées comme des organisations criminelles. En 2015, 9,6 tonnes d'anguilles sont apparues « par magie » dans les stocks japonais, indiquait, début décembre 2016, un article du Nikke asian review. En mars 2017, la police espagnole estimait à 7 tonnes les quantités de civelles exportées illégalement chaque année vers l'Asie.

Condamnations et arrestations

Les petites mains du braconnage ont elles aussi fait l'objet de toutes les attentions répressives. En novembre 2016, la police espagnole saisissait 70 tamis à civelles sur l'Ebre, fleuve qui se jette en Méditerranée. En février 2017, la police portugaise mettait la main sur une cargaison illégale de civelles d'une valeur de 18 000 €En France, les tribunaux correctionnels jugeaient les délits. Deux nouveaux braconniers étaient interpellés à l'embouchure du courant d'Huchet, petit fleuve côtier des Landes, avec 1,2 kgs de civelles. Sur la côte atlantique, les interpellations se succédaient à intervalles réguliers, jusqu'à la mi-avril, dans les marais de Guérande (Loire-Atlantique), dans l'estuaire du Blavet (Morbihan), au canal de la Martinière (Loire-Atlantique), à Vertou (Loire-Atlantique). Les opérations anti-braconnage ont, dans le Sud-Ouest, permis, en 2017, l'arrestation de quarante-quatre braconniers et la saisie de 300 kilos de civelles.
Le 8 juin dernier, deux hommes, soupçonnés de trafic de civelles, étaient interpellés en Vendée en possession de 176 000 € en liquide. 225 000 autres euros étaient saisis sur leurs comptes bancaires. Ils sont accusés d'avoir vendu des civelles à un mareyeur installé à Trignac.

Frédéric Véronneau