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Quand les lagunes méditerranéennes se gélatinent

Méduse 4Depuis la fin des années 1990, dates de leurs premières apparitions dans les eaux d'Europe de l'Ouest, elles envahissent périodiquement les lagunes méditerranéennes (étangs de Bagès-Sigean, de Berre et du Vaccarès). Les cténaires Mnemiopsis leidyi, gélatineux invasifs originaires des milieux saumâtres des côtes atlantiques américaines, perturbent alors profondément l'activité des pêcheurs professionnels. « Nous ne pouvons plus pêcher avec nos engins habituels. Nos verveux deviennent gluants. Ils se déchirent sous le poids des quantités de méduses remontées. Et les rares anguilles que nous prenons sont à moitié asphyxiées, et ne sont pas forcément propres à la consommation » explique Christian Ribeiro, pêcheur professionnel, « depuis 17 ans » sur l'étang du Vaccarès, en Camargue. Lui et ses sept autres collègues1 s'adaptent alors tant bien que mal. Utilisent des filets avec de plus grandes mailles, décalent les heures de pose des engins.

Apparition, disparition

Après trois années consécutives d'invasion, les cténaires ont, « depuis un an », déserté les eaux du Vaccarès. « On les voit plutôt apparaître quand les températures de l'air sont douces, au printemps et à l'automne, et que le taux de salinité des eaux a baissé. Et nous avons eu un coup de glace l'hiver dernier » avance, comme hypothèses de ces poussées gélatineuses, Christian Ribeiro. Au sein de l'université d'Aix-Marseille, l'institut méditerranéen d'océanologie (MIO) et le Laboratoire Population Environnement Développement (LPED) se sont lancés conjointement dans l'étude du phénomène. « Dans les lagunes méditerranéennes, la présence excessive de Mnemiopsis est probablement liée aux effets combinés de la pollution, de l'eutrophisation, du réchauffement climatique et des pressions humaines diverses. » explique Guillaume Marchessaux, doctorant à l'université d'Aix-Marseille. Ses recherches, dirigées par Delphine Thibault (MIO) et Cécilia Claeys (LPED), associant océanologie et sociologie, portent sur la prolifération de Mnemiopsis leidyi dans les étangs de Berre et du Vaccarès. « Ce gélatineux est une espèce opportuniste, au même titre que de nombreuses espèces invasives. Dotée d'une grande plasticité physiologique, tolérant des variations de températures et de salinités extrêmes, elle profite de la faiblesse et/ou de l'instabilité d'un écosystème pour s'y installer et proliférer » poursuit le jeune chercheur.

L'exemple de la mer Noire

À la fin des années 1990, en mer Noire, une exploitation inconsidérée des stocks de sardines et d'anchois réduisait les populations de ces deux espèces à peau de chagrin, effondrement qui, associé aux autres facteurs de perturbations environnementales, ouvrait la porte à une invasion exceptionnelle de Mnemiopsis, génératrice de « dégâts écologiques et socio-économiques considérables » précise Guillaume Marchessaux. Et la voracité de Mnemiopsis, capable d'ingurgiter zooplancton, œufs et larves de poissons, empêchait toute reconstitution des populations de sardines et d'anchois. Là, l'introduction d'un des prédateurs de Mnemiopsis, le cténaire Beroe ovata - mais on ne lui en connaît guère d'autres - a permis aux écosystèmes de retrouver, peu ou prou, leur équilibre, avec notamment une reconstitution des populations de poissons. Une approche de lutte qui n'a, par contre, pas été couronnée de succès en mer Caspienne. Il n'est pas exclu de faire de telles tentatives dans les lagunes méditerranéennes, « mais seulement après avoir fait des tests à petites échelles » précise Guillaume Marchessaux.

Modélisation gélatineuse

En attendant, des chercheurs ont pu modéliser le phénomène d'apparition et de développement des Mnemiopsis sur les lagunes, modèle qui leur permettra d'établir des cartes de prédiction des épisodes invasifs. « Cela marche bien sur l'étang de Berre. La modélisation est moins facile pour le Vaccarès » indique le jeune chercheur.
Les activités de pêche souffrent de la présence excessive de méduses, les ressources piscicoles, elles, n'en pâtissent heureusement pas. La diversification des populations de poissons attendue avec la construction d'une passe à poissons au droit du Pertuis de la Fourcade pourra-t-elle contribuer à limiter, par prédation, les populations de Mnemiopsis leidyi ?

Frédéric Véronneau

1. Sur le Vaccarès, il sont huit à avoir le statut de pêcheurs professionnels en eau douce. Quelques marins pêcheurs disposent également d'un droit de pêche dans les secteurs méridionaux de l'étang.

Attaques contre les pêcheurs professionnels de Loire : brisons le silence !

Barque Philippe 1Pour certains, la Loire n'est plus un long fleuve tranquille et porte bien son nom de fleuve sauvage. Le métier de pêcheur professionnel en Loire moyenne est devenu difficile, voire dangereux. Bateaux coulés, filets volés, ponton d'accès handicapé saboté mettant la vie de son utilisateur en péril, moteurs hors-bords détruits, intimidations et messages haineux sur les réseaux sociaux... Les attaques contre les pêcheurs professionnels, qui durent depuis une dizaine d'années, se sont récemment aggravées.

Quand la mort de chiens est préjudiciable aux pêcheurs professionnels

CyanosD'avoir lapé de l'eau de Loire, de la Vienne et de leurs boires croupie aux cyanobactéries, des chiens sont morts. « Mais aucun autre animal fréquentant habituellement les rives de ces cours d'eau, castors, chevreuils, n'a été retrouvé ainsi. Et aucune mortalité de poissons n'a été constatée » rappelle Jérôme Monfray, président des pêcheurs professionnels de Loire Bretagne. Et si les analyses, pratiquées par l'agence régionale de santé, sur les échantillons d'eau prélevés aux endroits de décès des chiens, montrent des taux de cyanobactéries dépassant les normes autorisées, celles réalisées dans le lit du fleuve et les eaux de baignade, n'ont pas décelé de concentration anormale de ces agents pathogènes. Le préfet du Maine-et-Loire n'en a pas moins interdit, à titre préventif, la consommation de poissons de Loire dans son département. Lors d'une réunion, ce 30 août, à la préfecture d'Indre-et-Loire, pouvoirs publics et services de santé reconnaissaient pourtant que l'état des connaissances ne permettait nullement d'estimer les risques pour la santé humaine de consommation de poissons éventuellement contaminés. Le préfet de ce département cantonnait l'interdiction de consommation de poissons au secteur des communes de Beaumont-en-Véron et de Thizay, traversées par la Vienne, où fut retrouvé l'un des chiens.

Poissons analysés

Mulets et poissons blancs ont été expédiés au muséum d'histoire naturelle de Paris, seul organisme disposant d'un protocole peu ou prou fiable pour mener des analyses sur la présence de cyanobactéries dans la chair. Mais les résultats ne seront pas connus avant le début du mois d'octobre. Le préfet du Maine-et-Loire s'est engagé à lever l'interdiction dès que les eaux de la Loire seront remontées « significativement ».
« Évidemment, les pêcheurs professionnels acceptent ce principe de précaution. Mais ils ne sont nullement inquiets sur la qualité sanitaire des poissons qu'ils pêchent et qu'ils proposent à leur clientèle. Mais en attendant leur image est une nouvelle fois écornée » déplore Mathieu Bodin, directeur de l'association des pêcheurs professionnels de Loire-Bretagne.
Plus largement, se pose la question de la gestion de l'eau des fleuves en période d'étiage important. « Entre Saumur et Angers, j'ai compté une vingtaine de canons arrosant par 35 °C à l'ombre du maïs avec de l'eau prélevée directement dans la nappe alluviale » indique-t-il.

Cyanobactéries

Les cyanobactéries sont des organismes qui se nourrissent de phosphates et de nitrates et qui se transforment en « algues » sous l'effet de la chaleur. Présence excessive de nutriments, très faibles débits de l'eau rendue, par ailleurs, transparente par le « travail » de filtration des corbicules présentes, elles aussi, en excès et fortes chaleurs : les conditions, au mois d'août, étaient réunies pour favoriser le développement et la prolifération de cyanobactéries, continuellement présentes dans le bassin de la Loire, mais qui se font habituellement discrètes et qui « n'ont jamais provoqué, à notre connaissance, aucun cas d'intoxication humaine » précise Mathieu Bodin.

Frédéric Véronneau

Interdictions liées aux PCB levées dans le Doubs et, pour partie, en Saône

20170621-FIG-CarteInterdictionsEtLeveesLa consommation et la commercialisation de poissons, pêchés dans le Doubs, du barrage de Mathay jusqu'à la confluence de la rivière avec la Saône, et dans les canaux et plans d'eau de dérivation de cette dernière, sont de nouveau autorisées, depuis le début du mois de juillet 2017. Elles étaient interdites depuis septembre 2009.
Les préfets des départements du Jura, du Doubs et de Saône-et-Loire ont considéré que « l'exposition de la population générale aux PCB par la consommation de poissons d'eau douce était aujourd'hui négligeable hormis dans les zones de préoccupation sanitaire » et que « dans les zones hors ZPS, le risque de dépassement des teneurs réglementaires était faible et le risque pour la santé des consommateurs négligeable sous réserve de respecter les recommandations de consommation ».
Les interdictions pesant sur les autres portions de Saône pourraient être levées très prochainement.

Anguilles-civelles : un nouveau plan de casse pour les marins pêcheurs et de nouvelles demandes du CIEM

Que va-t-il finir par rester de la flotte de marins pêcheurs d'anguilles et de civelles dans les estuaires des façades atlantique, de la Manche et de la Mer du Nord ? Un nouveau plan de sortie de flotte pour les navires ciblant cette espèce est sur les rails depuis le 26 juillet 2017. Une conséquence du déséquilibre constaté, entre 2011 et 2015, entre capacités de pêche et possibilités de pêche. Ce plan de casse est accessible aux marins pêcheurs justifiant de captures au moins 60 jours par an, ou ayant atteint le seuil de 70 kg pour 2 ans pour la civelle et de 1 000 kg pour 2 ans pour l'anguille jaune. Le montant de l'aide s'échelonne de 47 260 à 2 170 000 €. Le marin signataire de la convention d'aide ne pourra pas réarmer un bateau pour la pêche maritime avant cinq ans. Les candidats doivent déposer leur dossier avant le 30 septembre 2017.

Saison de civelles et anguilles jaunes 2017-2018

Pour la saison de pêche 2017-2018, les marins pêcheurs ont décidé de conserver le même nombre de droit de pêche spécifique civelle que la saison passée, soit 438. Mais l'un des objectifs du plan de sortie de flotte est de n'autoriser, à terme, plus que 413 navires à pêcher la civelle. Objectif de réduction des droits de pêche identique pour l'anguille jaune. 229 « licences » ont été autorisées pour la saison prochaine, mais il ne devrait plus en rester, dans les années à venir, que 222.
Les contingents par bassin restent identiques à ceux de la saison passée.

Les nouvelles demandes du conseil international pour l'exploration en mer (CIEM)

« Depuis la fin des années 1990, le stock d'anguilles européennes est à un niveau historiquement bas et les mesures de gestion prises depuis 2007 pour le reconstituer n'ont pas montré leur efficacité » indiquait en substance, en mai 2017, le conseil international pour l'exploration en mer (CIEM) pour demander que les mortalités d'anguilles liées aux activités humaines soient désormais « proches de zéro ».
Dans la foulée, la direction des affaires maritimes et des pêches de la commission européenne (DG Mare) en appelait, pour avis, aux conseils consultatifs pour qu'ils étudient la possibilité de mettre en place de nouvelles mesures de réduction des captures des pêcheries professionnelles. Une demande « inaudible pour les pêcheurs professionnels français qui sont les seuls à atteindre leurs objectifs de gestion dans le plan de gestion anguille » précise Jérémie Souben, chargé de mission au comité national de la pêche maritime et des élevages marins (CNPMEM). Ce dernier rappelait notamment que« cette exigence arrive à contretemps du calendrier fixé par le règlement anguille. Les différents pays doivent, en effet, faire le bilan, dix ans après leur instauration, de leur plan de gestion anguille en juin 2018, étape essentielle avant l'introduction éventuelle de nouvelles mesures de gestion ou de mesures plus restrictives. Les derniers rapports de mise en œuvre des plans de gestion, transmis fin juin 2015, n'ont jamais fait l'objet d'un avis ni du CIEM et ni d'un rapport d'évaluation de la commission européenne » précise le CNPMEM.
« Avec une interdiction de la pêche professionnelle, sera perdu le bénéfice des actions environnementales de repeuplement en civelles qui permettent d'améliorer la colonisation naturelle et favorisent, à terme, l'échappement d'anguilles argentées. L'absence de pêcheurs professionnels sur le terrain ne permettra plus de limiter le braconnage et le rôle de veille sur les facteurs de mortalité nécessaire pour alerter les pouvoirs publics ne sera plus assuré. De nombreux indicateurs de l'état de la ressource disparaitront également » ajoute en substance l'organisation professionnelle des marins pêcheurs.
En attendant, la commission européenne a d'ores et déjà proposé d'interdire, en 2018, la pêche, commerciale et récréative, de l'anguille en mer Baltique.

Frédéric Véronneau